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Les beaux jours d’Aranjuez est traversé de tensions discrètes. Non seulement entre lecture et spectacle (comme toute oeuvre théâtrale, Aranjuez naît de l’écart entre être lu et être vu) mais aussi entre les deux langues de son écriture. Ou entre les pays qui s’y donnent rendez-vous, de l’Espagne à l’Allemagne. Entre “l’homme” et “la femme” qui conduisent sous nos yeux leur échange dense et léger à la fois, simple et complexe, improvisé et secrètement préparé, tenant de l’interrogatoire, du poème, de la confession, de la parade séductrice ou guerrière – et parfois du théâtre, évidemment.
Ce moment suspendu au creux de l’été est-il pareil à une trêve unique et fragile où plutôt à une fête ? Le dialogue se déploie-t-il sur fond de complicité amicale ou d’irrémédiable malentendu amoureux ? Ces deux voix masculine et féminine se répondent-elles, restent-elles à jamais à l’écart l’une de l’autre, ou finissent-elle par se rejoindre en un certain point mystérieux, précisément à force de rester parallèles ? Dörte Lyssewski et Jens Harzer font mieux que répondre à ces questions. En grands interprètes qu’ils sont, ils les aiguisent, les incarnent et sous nos yeux, passent à chaque seconde d’un pôle à l’autre, ne cessent intensément de les mettre en jeu.

© Ruth Walz

Dominique Bruguière (Création lumières) , Eva Desseker (Création costumes) , Amina Handke (Scénographie) , Klaus Missbach (Dramaturgie) , David Müllner (Création son)