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Présentation

« Le théâtre, disait l’auteur autrichien Werner Schwab, est une sorte de déchetterie supérieure ». Erna, Grete et Mariedl y sont les reines. Sur la scène, elles se retrouvent devant et dans une sorte d’autel surchargé d’accessoires empruntés à l’industrie culturelle, de bibelots religieux et historiques, de souvenirs et de désirs figés dans le kitsch. Erna, l’économe, est capable de se servir de papier toilette en lieu et place d’un filtre à café. Grete pense que c’est le destin qui a voulu que sa fille, quand elle était aussi belle que sa mère, suive le père dans le lit du couple. Mariedl, la plus jeune d’entre elles, reçoit les remerciements du prêtre quand elle nettoie les toilettes à mains nues. Toutes les trois, bien différentes dans leurs personnalités et leurs biographies respectives, se rejoignent non seulement dans leur misère sociale, mais aussi dans le besoin de combler le vide existentiel qui leur est commun. S’ouvrant peu à peu les unes aux autres, elles se concurrencent et s’affrontent à travers leurs affabulations. Le refoulement est leur spécialité, et les frappe à la fin, redoublant de violence : leurs rêves s’avèrent n’être rien d’autre que le produit grotesque de la duplicité morale petite-bourgeoise, de la bigoterie, et des fantaisies sexuelles éloignées de toute réalité.

Tandis que Werner Schwab situe ses personnages dans les tréfonds langagiers des matières fécales et des instincts, le metteur en scène Jan Bosse transpose le drame pour en faire une fantaisie de la Rédemption. Les trois présidentes deviennent de furieuses prêtresses qui prêchent un salut lointain ou se vengent. Vêtues de rose bonbon, ces marionnettes s’élèvent vers le bonheur imaginé d’une fête populaire, accompagnée de deux mariages et de cette reconnaissance tant espérée : Grete la nymphomane déniche Freddy le joueur de tuba, Erna la bigote le boucher polonais Wottila, qui doit ses principes en matière de commerce à une apparition de la Vierge. Mariedl enfin, pieuse et limitée intellectuellement, voit sa carrière culminer en devenant la libératrice des W.C. bouchés et des cloaques débordants. Et parce qu’elle s’y connaît en merde, elle prend du recul par rapport à la vie : elle ne ferme pas les yeux devant la réalité que les autres se plaisent à embellir. Mais comme l’amour de la vérité, pour Schwab, est une non-valeur dans notre société, elle doit l’expier amèrement. Née du dépôt puant que forment les aspirations, la réalité se révèle être une histoire du désastre. Jan Bosse en fait une fête pour trois comédiennes grandioses, qu’interrompent de manière inquiétante des moments démoniaques et un memento mori récurrent.