Spectacles
Dialogue d'un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis
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On y verra deux acteurs revêtant les habits de Roger et de Prince, le premier portier à l’Hôtel Claridge et le second clebs des bas quartiers, soit un grognon qui mord et un battu
qui grogne ou l’inverse, soit un balèze et un crétin à poils courts, ou selon l’humeur, un larbin et un Prince Youki, goûtant toast au saumon et viande hachée, vodka, tequila et
whisky - dans le même verre -, six œufs et une côtelette dans la poêle avec trois bières pour faire descendre, et même une main d’un mort. On y verra quelques accessoires :
la caravane où vit le premier, des rideaux rouges et blancs aux fenêtres, un fauteuil défoncé, un ciel noir ou rose ; une fausse queue (de chien), une vraie livrée (de
portier), des fausses oreilles (de chien), une vrai bouc (de portier), une fausse truffe (de chien), un vrai vers de Paul Valéry, des farces et des attrapes.
On y entendra des sons, des musiques : la bretelle d’autoroute où sévit le second, et les carambolages qu’il y provoque, le cri d’une mouette ; le flux et le reflux
des vagues ; des airs d’opéra et des airs de rien.
On y entendra des histoires, des rêves, des fausses vérités et des vrais mensonges : celui d’une petite fille qui a grandi dans les yeux de son romancier de papa, celle du
ministre qui confond droit de tendance et tendance au peket, ceux d’un olibrius à la flûte expert en fausses notes (de frais), celles d’une baronne russe, d’un Freddy qui
s’appelle John, d’une grande perche à l’anorak rouge, etcetera… ; celles et ceux de ce maître et de ce chien, duo improbable à la conquête d’une humanité dont il ne faut
pas tout à fait désespérer.
Philippe Sireuil
17/09/2007