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ZT Hollandia et Pier Paolo Pasolini

Il est curieux de voir l’acharnement que mettent les dirigeants intellectuels et politiques de notre pays à proclamer l’impuissance de l’être humain à modifier la société.
Le cynisme qui, à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingts, marquait les attaques du concept de faisabilité de la société était logique : il n’était certes pas superflu de confronter les attentes démesurées avec la réalité.
Mais jamais auparavant la société n’a été restructurée aussi vite et aussi profondément que ces vingt dernières années.
Il ne s’agit toutefois pas vraiment d’un progrès.
Si l’on considère les idéaux de la Révolution française – Liberté, Egalité et Fraternité - comme le nouveau programme de la civilisation occidentale, on peut constater qu’avec la chute du mur, exactement deux cent ans après le début de la Révolution française, un degré raisonnable de liberté a été atteint dans notre partie du monde. Si l’égalité est le pas suivant dans notre société, on peut cependant constater une régression manifeste ces dernières années. Même le fait d’avoir des idéaux dans ce sens est considéré comme une menace pour l’économie. L’écrivain et cinéaste italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975) a prévu ce développement et l’a dénoncé dans son oeuvre.

Pasolini a vivement critiqué l’envie humaine illimitée d’acheter, de posséder et de consommer.
Une envie qui, à son avis, mène à la destruction de la terre et à la négligence des valeurs humaines élémentaires comme l’amour et la liberté. Il a cherché des communautés où l’on apprécie toujours ce qui a de valeur pour l’être humain, et où l’on respecte encore les vérités de la nature, dans le but de les montrer en exemple. Il les a trouvées à la campagne, dans les quartiers populaires de Rome et dans les cultures anciennes de l’Asie et de l’Afrique. Pasolini prévoyait comment l’instinct de consommation rend la haute bourgeoisie de plus en plus riche, puissante et dépravée.
Jusqu’à sa mort violente, Pier Paolo Pasolini a dénoncé dans son oeuvre la corruption et la putréfaction du système politico-économique italien lié à la haute bourgeoisie. Il a esquissé le milieu des hauts fonctionnaires, des intellectuels, des PDG et des industriels comme un noeud de vipères enserrant toute la société. Il a montré la dépravation morale de hauts personnages du monde industriel dans les films comme Teorema et Salo, dans son roman inachevé Huile, et dans les pièces de théâtre Porcherie et Récit. A une époque où le capitalisme célèbre sa victoire, Pasolini montre la réalité derrière la « raison » de l’économie libérale.
Jeroen Willems interprète quatre personnages de Pasolini : le vice-président de la société pétrolière d’Etat, un intellectuel appartenant à la direction de cette société, l’agent de liaison avec la mafia et la personne de contact à l’église. Il est facile de les lier à Cor Herkströter, l’ancien président du conseil d’administration de Shell International, qui donne son opinion sur les dilemmes moraux et la responsabilité sociale des sociétés transnationales, les grandes sociétés multinationales contemporaines. Le texte de ce personnage provient des discours et des articles de la main de cet ancien PDG.
Ce monde prend la forme d’une table en désordre après un dîner. En pleine nuit, les cinq personnages parlent d’eux-mêmes. Jeroen Willems les joue en changeant de chaise à chaque fois. Il passe avec aisance du scientifique au PDG, d’une femme en Dieu et en l’incarnation du diable.