La pièce tisse sans cesse de nouveaux liens avec l’actualité, c’est cela qui la rend belle. Et tant qu’elle y parvient, il vaut la peine de continuer à la jouer. Quand j’ai monté Deux voix à Londres, par exemple, beaucoup de spectateurs l’ont comprise à la lumière des manifestations antimondialisation de Göteborg et de Turin. À Los Angeles, l’affaire Enron constituait une parfaite illustration de la corruption industrielle. Il m’arrive aussi de faire une allusion à ce genre d’événements dans la pièce. En Europe de l’Est, les réactions ont été différentes du reste du monde. Là-bas, les gens sont particulièrement friands du théâtre de l’Occident. En revanche, le public a parfois éprouvé des difficultés à se retrouver dans la critique du capitalisme. Celui-ci est l’unique point de repère auquel ils peuvent se cramponner. Il n’est pas rare que le spectacle soit ovationné à cause de son côté virtuose. C’est évidemment flatteur, mais aussi un peu embarrassant, dans la mesure où ces doubles rôles ne sont pas pensés comme de la musculation théâtrale. Ils sont issus d’un choix dramaturgique clair. Nous voulons montrer que les idées et les conceptions d’une personne peuvent être fonction de sa position.