Philippe Dorin et Catherine Pavet sont des complices de longue date. Catherine est actrice et musicienne, elle a joué dans plusieurs spectacles de Philippe destinés aux enfants, et nous avons souvent travaillé ensemble (L’Émission de télévision, La Grenouille et l’architecte). Elle nous a fait nous rencontrer, Philippe avait envie d’écrire pour Catherine et pour des adultes, j’avais envie de travailler dans la langue de Philippe alors le projet de Deux Mots est né .
C’est l’histoire d’une Fille. Seule mais pas tout à fait. Apparemment rien d’exceptionnel. Il y a une chaise, un sac et du silence aussi.
De son sac, elle sort des objets, un à un. Un petit carnet, un tube de crème, une triplette électrique puis des liasses de billets en quantité. La banalité ouvre alors sur des
espaces intérieurs insoupçonnés, tantôt dérisoires, tantôt monstrueux. Elle parle. Elle parle aux objets, elle parle d’elle ou plutôt elle tente de mettre des mots sur les
choses. à sa façon. Elle esquisse un pas de danse et se remet à parler. Un homme apparaît avec son blouson de moto. Elle lui parle, il ne répondra pas. à la fin, ils partent
ensemble.
Cette Fille, on croit la connaître, l’avoir croisée un jour ou l’autre. C’est celle que l’on sent ballotée par la vie comme le fétu de paille sur le torrent, capable de tout et de rien, d’aimer comme de tuer. Rien n’est prémédité chez elle, ses actes et ses paroles jaillissent sans s’annoncer. Violence contenue et besoin d’amour affleurent sans cesse. Chez elle le plus trivial rejoint le plus métaphysique, elle est tout à la fois la Bonnie de Bonnie and Clyde et la Winnie d’Oh les beaux jours.
Chez Philippe Dorin, les personnages ont peu de mots mais ils n’ont que cela pour exister. Leur humour est comme l’air qu’ils respirent. Leur monde intérieur est comme une forêt dont ils n’arrivent à dire que les feuilles. Entre Coluche et Beckett, la vie y est doucement dérisoire et sûrement absurde.
Thierry Roisin