Après la récolte, la plupart des paysans des Lowlands devaient apporter leur grain au moulin hydraulique désigné par le propriétaire foncier, et payer une forte redevance, pour
qu'il soit transformé en farine. Dans toute l'Ecosse, les paysans récalcitrants tentaient d'échapper à cette obligation et fournissaient ainsi l'essentiel de leur travail aux
cours de justice baronnales. Le meunier devint une figure importante et détestée de la communauté, de même que, semble-t-il, dans toute l'Europe. De plus, le moulin devait être
entretenu par le travail des paysans, corvées à l'exécution desquelles les cours baronnales veillaient. Et ils devaient encore porter la nouvelle meule de la carrière la plus
proche au moulin, lorsque l'ancienne était abîmée. Cette corvée-là était cependant aussi un événement qui rassemblait la communauté dans l'effort et la joie. (vers 1690)
d'après T.C. Smout
A history of the scottish people (Une histoire du peuple écossais)
En Allemagne, la meunerie a gardé bien longtemps après le Moyen-Age une réputation de malhonnêteté, "sournois comme un meunier" était une locution courante aux 16ème et 17ème
siècles. Par cette expression, on ne faisait pas seulement allusion à la malhonnêteté et la rouerie attachées à cette activité, mais aussi à la force magique du meunier, qui
était lié à des puissances horribles et surnaturelles, et de plus aidait souvent brigands et assassins. Sans compter l'allusion au meunier convoité par les dames de toutes
conditions pour sa "force de manipulation". Ainsi le meunier apparaissait comme un être tout-à-fait malfaisant, qui non seulement escroquait ses clients, mais faisait figure de
meurtrier, mage et farceur. Ces clichés ont sans doute été largement nourris de l'hostilité des paysans qui se sentaient victimes, dans l'incapacité de lutter efficacement
contre le détournement de céréales.
d'après Johannes Mager
Die Kulturgeschichte der Mühlen (La culture du moulin dans l'histoire)