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Note scénographique

L’instant mythique – la naissance de la démocratie – ne se limite pas au temps historique.

Nous avons voulu inscrire la fable dans un décor contemporain, quotidien. Argos aujourd’hui ou ce qu’il reste de la cité grecque. Un anachronisme.

Nous nous sommes donc inspirés de ces espaces publiques, urbains…désertiques. Plus précisément de ces espaces où l’on attend, aéroports, gares, ou entrepôts. Cette immobilité est caractéristique du récit pasolinien, dans sa structure didactique : à Argos rien ne bouge malgré les nombreuses incantations. «  Nous avançons, vers le travail, la richesse, le pouvoir - en paix (…) et cependant tout retourne en arrière » .

Nous avons donc cherché à rendre dans l’espace cette tension entre progrès et immobilité, démocratie et tyrannie, étendue et écrasement…

La scénographie est composée d’un sol et d’un ciel, c'est-à-dire d’une moquette orange et d’un faux plafond gris.

Ciel et terre sont deux éléments proprement tragiques. Le chœur s’interroge sur la parole des dieux : « c’est sûrement une tempête qui se déchaîne, ce n’est pas le soir qui descend – ou alors un tremblement de terre, sacré, précédé par ce profond silence » . Electre enterre Clytemnestre de ses mains : « et tu sais où je l’ai ensevelie ? Exactement à côté de la tombe d’Agamemnon, et des autres pères - et des pères des pères ».

La scénographie fait référence à ces deux éléments, mais l’absence d’une nature sauvage joue par contraste avec le texte pasolinien riche en descriptions. En prenant à rebours les éléments propres à la tragédie, nous souhaitons redonner au récit sa valeur d’allégorie.

Le plafond déborde au dessus du public : une façon de réunir scène et salle. Mais dans la mise en scène l’abolition du 4 ème mur n’est pas une libération. Elle a valeur de piège. Ainsi cette impression de claustrophobie créée par ce faux ciel qui continue d’interroger la relation acteur-spectateur.

Des chaises et des micros sont présents à la périphérie du plateau qui servent à dessiner d’ autres espaces (espace périphérique qui dessine d’ autres centres) : les sophistes sur la place publique, une assemblée générale de militants dans les montagnes. Ce lieu ne doit pas non plus être complètement identifiable. Ce pourrait être un studio d’enregistrement. Nous situons d’emblée le début du spectacle dans ce qui n’apparaît qu’à la fin. L’annonce de « la nouvelle réalité » n’est accompagnée d’aucun changement scénographique. Nous y sommes.