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Oreste - Pylade

La fable de Pasolini aurait pu être une allégorie des présidentielles 2007. L’histoire se découpe en deux prophéties : de retour à Argos, Oreste organise des élections démocratiques sous l’égide d’ Athéna - déesse de la raison. Celle-ci l’aurait, dit-il, sauvé du cycle de la violence tragique en transfigurant les Furies après son matricide. Ce nouveau gouvernement démocratique promet croissance et prospérité aux citoyens. Mais les forces obscures du passé sont encore à l’œuvre à la périphérie des villes. Pylade se sépare d’Oreste et fuit dans les montagnes pour construire une opposition véritablement démocratique. Une bataille se prépare entre les puissants notables de la ville et les opprimés des campagnes. Athéna apparaît et fait sa première prophétie : une révolution aura lieu.

Alors que la victoire semble acquise à Pylade et à ses camarades, Oreste signe une alliance avec Electre et les forces réactionnaires de l’ancienne tyrannie. Athéna apparaît une seconde fois et prophétise la victoire écrasante d’Oreste : une révolution aura bien lieu, mais ce sera une révolution de droite. La bataille tant annoncée entre Oreste-Pylade n’a pas lieu. La victoire est éclatante, et démocratique.

Le récit de Pasolini n’est pas sans rappeler certains faits mis en avant pendant la campagne présidentielle 2007 : l’épisode de l’alliance avec Electre et le hold-up électoral réalisé auprès de l’électorat d’extrême droite ; la désertion dans le camp de Pylade et le vote divisé de l’électorat populaire ; la double prophétie d’Athéna et la manipulation des sondages – nous interroge sur l’état de la démocratie à Argos.

Pasolini réutilise certains éléments du mythe pour les dénoncer comme instruments politiques. La séparation démocratie/tragédie ou raison/passion devient pure rhétorique.

Nous envisageons d’aborder ce texte dans un rapport frontal avec le public. La tragédie se joue devant la cité et met en jeu la cité. C’est d’abord une parole politique que veut faire entendre Pasolini. Ou comment questionner la démocratie en questionnant le théâtre.

On peut dire que le jeu tragique est comme refoulé dans Pylade. Il peut surgir en tant que symptôme, à certaines apparition d’Electre, ou au souvenir des Furies.