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Bob en tant que théâtre

" Le poème est la trace active d'un processus par lequel le monde comme chaos se propage en se métamorphosant. "
Jérôme Game

théâtre assumé et radical pour acteurs volontaires
Bob n'est ni un personnage, ni une fiction, ni un symbole. Il est pure densité, pur marquage ou pure énergie au service du poème à faire ou se faisant. Il n'a pas d'autre intention ni d'autre stratégie que celles du poème. Bob est un alibi, une séquence attachante qui permet le reste, la viande que l'on jette aux chiens pour cambrioler la maison-théâtre. Ainsi bob est exactement ce qui nous permettra d'échapper à tout personnage ou à toutes ces prétentions de représentation, ces " humanités mièvres qui ne nous agréent plus " (B.Charmatz). Bob, prêtenom commun d'un espion au service d'un théâtre que l'on finira par avoir fait.
Le théâtre de bob, théâtre d'espion, se présentera comme un dispositif tout entier paramètré, théâtre kit dont la glue sera le poème, - vendu ici, dans le cas particulier de bob, avec une notice-espace sérielle et programmatique. A la suite de la poésie de AP, ce théâtre écartera tout théâtral, tout effet de théâtre à but représentatif ou expressionniste, ne représentant rien d'autre que lui-même en train d'avoir lieu ; l’effet devient le rythme, et le rythme fait effet. définitif bob est le poème des 24 tentatives de bob à faire de la poésie (l’art poétique de bob) — testant à chaque coup une nouvelle possibilité offerte à la poésie pour faire apparaître provisoirement les contours, non du réel, mais de ce qu'il y a devant comme dit Prigent, c'est-à dire de la tentative théâtrale en elle-même, la tentative d’installation/fréquentation d’une scène.

Pour paraphraser Pierre Alferi, devant le no man's land d'une scène, on est jamais ici ou là. Une scène ouvre sur un espace d'évanouissement, chacun le sent.

Un jeune homme plein de santé rentre dans un espace - la scène - radicalement séparée de la salle ; un second bob, silencieux, l'y attend. La scène apparaîtra non comme un extérieur montré, décrit ou traduit, mais comme un trou habité ou la surface d'inscription de ses propres variations, souffles et rythmes. C’est un terrain de jeu. Elle permettra le vol des mots, vol à l'air libre ou à l'arraché, vol de la bouche à l'oreille. Cette ouverture ne se remplira que de couleur - rouge jaune vert bleu prenant temporairement le dessus sur le noir - comme l’écrit Xavier Person à la sortie du livre, l’espace des écrits de AP est celui du “scintillement”. La scène sera moins importante comme lieu d'exposition que comme lieu d'isolation des travaux de bob. Comme l’écrit AP de la poésie, le théâtre doit tester ses barres de résistances. Il ne s’agit pas d’interpréter son texte, mais d’en prolonger l’expérience, de la translater sur la scène. Deux bob pour un théâtre ; et ni effet ni accessoire ni dialogue ni décorum, toutes les circulations possibles seront rendues à la langue, pas plus neuve que bob mais aussi agile. Les mots de bob, ni exploratoires ni intimistes ni fictionnels, formeront le fond de la présence de bob. Le théâtre de bob parlera comme il bougera. On assistera ainsi à la création et à l'épuisement de bob en tant que théâtre.

Eric Vautrin, février 2002