De Gaulle : (en fureur, à tous)
Il y a encore un rassemblement à Charléty !! Ce doit être le dernier ! Ce n’est plus acceptable ! On ne défile plus ! Vous m’entendez ? On ne défile
plus !! Qu’on se réunisse dans un endroit clos, et qu’on n’en sorte pas ! Plus de cortège !
Fouchet :
Ils ne sont que douze mille, mon Général.
Messmer :
Au départ, monsieur le ministre de l’intérieur ! Mais trente mille à l’arrivée !
Fouchet :
Ca suffit, Messmer ! (À de Gaulle :) Il y a très peu d’ouvriers. C’est l’UNEF et le PSU qui...
Messmer :
Ça a quand même surpris nos Renseignements Généraux !
De Gaulle : Les Renseignements Généraux, Messmer, sont toujours surpris ! Dans une machine pareille, il doit y avoir des moutons qui nous tiennent au courant heure par heure ! Ce n’est pas difficile à monter ! Il faut réorganiser les R.G. complètement !
Foccart :
L’important est de savoir ce qui va se passer après la dispersion !
De Gaulle :
On a eu grand tort de laisser les manifestations se poursuivre ! On a eu grand tort de libérer les quatre étudiants détenus ! On a eu grand tort d’ouvrir la Sorbonne aux
émeutiers ! Je veux que la police bénéficie immédiatement d’avantages accrus ! C’est intolérable ! Les professeurs se croient très forts ! Ils sont très forts
dans leur discipline, et nuls en matière d’éducation politique ! (Dans sa colère, il saisit un document :) Et quant à l’avis défavorable du Conseil d’Etat sur
mon référendum, voilà ce que j’en fais ! (Il le déchire :) Et je maintiens la consultation prévue le 16 juin !!
Silence.
Messmer : (se risquant)
Et si...
De Gaulle :
Si quoi, Messmer ?
Messmer :
Si le 16, faute d’imprimeries, faute de transports, le référendum ne pouvait avoir lieu ?
Silence consterné.
JOURNAL DE L’ELYSÉE DE JACQUES FOCCART,
EDITIONS FAYARD