Votre pièce fait explicitement mention de Georges Bush et du mouvement des évangélistes aux USA...
L’action de Darwin se situe effectivement dans l’Amérique d’aujourd’hui. Il ne s’agit donc pas (comme pourrait le faire croire le titre) d’une pièce retraçant la vie du grand naturaliste anglais. Les procès qui ont eu lieu, notamment en Pennsylvanie, autour de la question passionnante de l’Évolution ont provoqué mon imaginaire, la confiance de Jules-Henri Marchant a fait le reste. Aucune de nos conversations, depuis plus de dix ans, ne s’est jamais achevée sans que nous n’abordions le thème des origines de l’Univers. Son enthousiasme a contribué largement à l’écriture de cette pièce. La référence à George Bush et à certains mouvements fondamentalistes protestants dont le président américain se revendique, me permet d’attirer l’attention sur le fait qu’il faut lutter avec force contre une vison simpliste et manichéenne du monde.
À travers vos dernières pièces, on sent une interrogation personnelle sur l’humanité de l’homme, sur ce qui fait que l’être humain est un animal doté de conscience et de responsabilité.
Lorsque l’homme prend conscience de son animalité et surtout, lorsqu’il se rend compte qu’il n’aura pas d’autre juge que lui-même, il est tout au bord de devenir adulte, c’est-à-dire responsable. La conscience est une arme à double tranchant. Elle nous éloigne de la Nature et, par le cycle infernal des pensées négatives, elle nous coupe du monde mais elle nous permet aussi de ressentir de la compassion…, la conscience que l’autre c’est moi. Les personnages de Darwin sont perdus dans ce champ de contradictions, comme nous le sommes tous.
De pièce en pièce vous investissez des sujets qui demandent de se documenter, d’apprendre, de toucher de nouveaux domaines de la science, de la notion de progrès notamment. Est-ce votre manière à vous de progresser ?
Notre raison d’être est l’éveil. Nous l’ignorons mais la plupart du temps, nous sommes endormis. L’écriture et à travers elle, les mots et les symboles qu’elle permet d’approfondir, ouvrent de temps en temps une porte. À plusieurs reprises mais de manière très furtive, je me suis senti… présent au monde. Le mot « progresser » a finalement peu de sens car nous sommes déjà là où nous devons nous trouver. Le plus difficile est de nous en rendre compte et donc, d’améliorer cette écoute de l’instant présent.
Il est des idées formidables qui sont mal récupérées, ainsi l’idée de la sélection naturelle, du plus fort gagnant sur le plus faible, a fait beaucoup de dégâts et continue à en faire…
La Nature n’est pas politiquement correcte. La Nature n’a pas d’état d’âme… elle extermine… elle tsunamise… et l’homme ne s’est hélas jamais privé de la copier dans ses excès. La sélection naturelle n’est pas une idée… c’est un fait. Le nier serait faire preuve d’angélisme.
Curieusement, alors que la physique, l’astronomie et leurs derniers développements confirment que notre Univers et nos vies en général sont soumis au hasard, aux perturbations, aux forces dissipatives, l’homme n’a qu’une aspiration : la stabilité, le connu, le certain. D’où ses angoisses… N’est-ce pas paradoxal ?
L’homme du 21e siècle est tiraillé entre le désir de tout expliquer par la Raison et le besoin de Mystère. Dans l’état actuel des connaissances, rien n’est venu confirmer qu’une Intention puisse être à l’origine de l’univers et de la vie. Tout semble montrer au contraire que l’homme est une étape dans l’évolution et non le résultat d’un projet. L’homme aspire cependant à pouvoir donner du sens à sa vie et l’idée du hasard lui est insupportable. Il appelle Dieu ce qui le dépasse et tente d’en imposer l’idée à ses semblables. Le besoin de justifier est toujours un grand aveu de faiblesse. Nous cherchons désespérément une justification en dehors de nous-mêmes alors que la vérité est en nous depuis toujours.