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Chronique

Dale recuerdos V.
Ils sont 7. Six femmes et un homme, nés avant 1930, vivant dans le XVIIIe arrondissement de Paris.

Répétition, un matin, une semaine avant la première.
Didier Ruiz et Thierry Vu Huu s'installent face aux 7. Tout près.
Plus qu'à la préparation d'un spectacle, les personnes présentes sur le plateau semblent travailler à une renaissance, à l'offrande de ces petites anecdotes du quotidien qui restent vivaces dans la mémoire parce qu'elles représentent bien plus que ce qu'elles sont. Cristallisation.
Le " texte ", ici, est on ne peut plus vivant (mouvant) et intime… L'objet de Dale recuerdos n'est pas de figer les mémoires, mais de leur redonner vie par la parole. Pendant les premières rencontres individuelles, Didier Ruiz a beaucoup écouté, noté. Pour ensuite faire un choix et organiser les souvenirs. Un tissage de mémoires individuelles qui rejoignent par moments la mémoire collective. Ces personnes-là ont toutes vécu, à leur manière, la guerre, l'Occupation. Alors, quand l'une raconte les raffles, la fuite, la fausse identité, tout à coup les langues se délient : " Oh oui… je me souviens, moi aussi, c'était terrible… ". Les 7 ont tendance à papoter. Et c'est là qu'intervient le maître d'œuvre… qui canalise, structure, cadre. Pour que, justement, l'anecdote ne devienne pas anecdotique.

L'entrée sur scène, répétée une seconde fois. Les pas sont plus assurés, les voix aussi. Chacun fait l'effort de prendre le temps, de ne pas brader les mots. Lorsqu'ils ouvrent la bouche pour la première fois, ils nous disent leur nom.

Dale recuerdos à Théâtre Ouvert ? Cela peut paraître étonnant, à première vue, dans un lieu consacré à l'écriture contemporaine… Pourtant, nul doute, cette expérience coup de cœur a sa place ici. Comme une ouverture, dans ce lieu d'éphémère et de mémoire, lieu des corps et de la parole, à l'Autre, celui qui vit en ce moment à côté de nous, que nous ne connaissions pas mais que nous reconnaissons. Avec Dale recuerdos, nous assistons avant tout au spectacle de l'humain.

Valérie Valade