L’ensemble bâlois KLARA, qui puise ses racines dans la «performance», réunit tous les moyens stylistiques qu’il a éprouvés dans ses dernières productions dans une histoire qui
s’étend sur un siècle.
L’ensemble bâlois KLARA est connu pour ses spectacles de montage. Avec ADN, il raconte l’histoire d’une saga familiale qui s’étend sur cinq générations et dans laquelle se reflète
tout le vingtième siècle. Parallèlement, on suit le développement de la biologie : comment elle a transformé l’image et le comportement humains par les théories raciales, la
prévention ou la génétique moderne. Saga familiale et histoire des sciences se tissent en deux récits qui ne cessent de se croiser et de s’influencer. C’est le travail le plus
global qu’ait réalisé jusqu’à présent le groupe KLARA et son metteur en scène Christoph Frick. Au cours de la soirée, sept comédiennes et une marionnettiste jouent plus de 40
personnages. Dans ADN, le récit chronologique se traduit par les moyens théâtraux les plus divers (jeu de marionnettes, lecture performance, théâtre intime, etc.). Le spectacle ne
cesse de se développer au cours des représentations, de se transformer et de se compléter.
Gene O’Flaherty, l’aïeul aux mains imposantes, entreprend en 1899 des essais téméraires de croisement pour remettre au pas la cour appauvrie d’Irlande. Mais ses expériences d’élevage n’ont pas de succès. Plus fertile est sa rencontre sexuelle avec la femme de son frère. Lorsque celle-ci donne naissance à une fille aux très grandes mains, le mari cocu découvre la tromperie, et Gene doit quitter les lieux. ADN suit Gene dans son voyage en Afrique, sa fille Gena à New York et au Portugal, Frutuoso, le fils de Gena, à Berne, et toute la famille à Lisbonne pour le 110e anniversaire de Gene. De plus, le public est témoin de l’odyssée des enfants et petits-enfants qui tirent le diable par la queue en Suisse et en Afrique, toujours acharnés à s’adapter, gonflés à bloc par leur instinct de survie.
KLARA, dans ADN, croise le feuilleton familial avec l’enseignement biologique, les marionnettes avec les hommes, les faits historiques avec la fiction. L’ensemble bâlois le fait avec la même prodigalité que les O’Flaherty sèment leur patrimoine pendant un siècle ! Les lieux de l’action se trouvent le plus souvent loin des foyers de l’histoire du monde. La Première Guerre mondiale se joue ainsi au Nigeria, la Deuxième au Portugal et la guerre froide en Suisse. Cependant, les événements historiques empiètent violemment sur la vie des O’Flaherty provocant des revirements surprenants. Les membres de la famille rencontrent sur leurs chemins des scientifiques, découvrent des théories et les résultats de recherches qui se préoccupent de l’explication de la vie : des lois de Mendel aux théories chromosomiques, de la découverte de la structure de l’ADN à la fécondation artificielle. Un moment-clé de la soirée est la découverte de la structure de l’ADN en 1952 par les deux chercheurs Watson & Crick. Les connaissances croissantes à propos de la structure de la vie sont placées dans un rapport de tension avec les désordres de la reproduction et de la cupidité sexuelles, et aussi avec la plus insidieuse de toutes les entreprises humaines : la famille.