Le sujet des Trachiniennes de Sophocle c'est le retour du héros. Héraclès ramène avec lui une belle captive dont Déjanire est jalouse. L’épouse envoie
au-devant de son époux un fidèle serviteur qui apporte en cadeau la tunique de Nessus. Avant de mourir, le centaure avait affirmé à Déjanire qu’il lui suffirait de faire revêtir
la tunique à Héraclès pour s’assurer de son éternelle fidélité. Il avait aussi recommandé à la jeune femme de tenir la tunique éloignée du feu, à l’abri de toute source de
chaleur, jusqu’au jour où elle devrait servir. Héraclès, revêtu de la tunique, allume un grand feu pour célébrer un sacrifice purificateur : une impureté toute particulière
s’attache au guerrier qui rentre dans la cité, ivre encore des carnages auxquels il vient de participer. La flamme réveille la virulence du poison. C’est le rite qui fait virer
l’enduit du bénéfique au maléfique. Avant de mourir, Héraclès écrase contre un rocher le fidèle serviteur.
Le suicide de Déjanire s’inscrit, lui aussi, dans le cycle de violence ouvert par le retour d’Héraclès et par l’échec du sacrifice. La violence, une fois de plus se déchaîne
contre les êtres que le sacrifice aurait dû préserver.
Le guerrier qui rentre chez lui risque de ramener la violence dont il est imprégné à l’intérieur de la communauté.
René Girard, in La violence et le sacré, Grasset, 1972