Cruel and Tender de Martin Crimp s’inspire des Trachiniennes de Sophocle, pièce qui doit son titre à la ville dont sont
originaires les femmes composant le choeur de la tragédie. Le sujet en est la mort d’Héraklès, empoisonné par sa femme Déjanire, après qu’elle lui a fait revêtir une tunique
trempée dans le sang du centaure Nessos, dans le secret dessein de s’assurer son éternelle fidélité. Le récit d’une jalousie dont se joue la cruauté et la duplicité des dieux
malgré la noblesse de coeur de celle qui finit par se suicider après avoir causé, sans l’avoir voulu, la perte de celui qu’elle aimait. Au delà, et c’est ici que Crimp est allé
chercher la matière de sa nouvelle pièce, il est question de ce qu’un homme revenant de la guerre apporte dans le repli de ses pensées, de cette violence dont il est imprégné et
qui contamine la communauté. De ceux qui, ne voulant que le bien finissent pourtant par faire le mal.
La guerre, les troubles de l’identité féminine, le suicide, autant de thèmes qui traversent l’oeuvre de Crimp et croisent les préoccupations de Luc Bondy.
Lorsque Martin Crimp et Luc Bondy se sont demandés à quoi pourrait ressembler aujourd’hui une telle histoire, comment ils pouvaient se servir d’un modèle historique pour réaliser
une pièce à partir de documents sur la vie contemporaine, qui concernait la terreur, l’hypocrisie politique et la ville détruite par un mensonge, ils n’ont pas eu à chercher très
loin.