Laurent Gaudé trace un chemin singulier entre théâtre et roman. Lorsque j’ai lu Cris j’y ai vu d’emblée une oeuvre théâtrale d’une force peu commune et pourtant c’est un roman. C’est sans doute la frontière, la limite qui s’exprime dans cette oeuvre qui m’intrigue, comme si l’auteur se refusait à choisir vraiment alors entre la forme théâtrale et la forme romanesque. Notre enjeu ici sera avant tout de transformer cette matière hybride en matériau de plateau vivant.
L’écriture est nerveuse, extrêmement charpentée, plusieurs fables s’entremêlent et les douze personnages offrent par la densité de leurs parcours de belles partitions pour de jeunes acteurs. Et puis la guerre, vue du côté de ceux qui meurent plutôt que de ceux qui survivent, il n’y a pas de héros dans Cris, le spectateur est confronté tout au long du spectacle à la disparition possible à tout moment de chacune des figures.
S. Nordey