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Credo

de Enzo Cormann

mise en scène Patrick Mons

 
 

Propos autour de la mise en scène

Une femme est surprise dans l'ivresse d'un geste définitif qu'elle n'en finit pas d'explorer, de «déguster» à postériori. Geste qu'elle prolonge dans une quête de son identité noyée dans les convenances, la solitude et les apparences de vie qu’elle se donne et qu’ON lui concède.
Monter Crédo aujourd'hui, oui, mille fois oui. Parce qu'au centre, il y a cette question qui résonne comme une obsession très contemporaine : l'élimination de l'autre comme condition de sa propre existence.
Est-ce à l'instant où on élimine l’autre qu'il acquiert comme jamais sa vraie vie (s'il n'a jamais existé, s'il n'est pas in fine qu'une «construction mentale») ?
Et que voyons-nous de nous-même de si terrible dans le regard de l’autre ? Le théâtre a ceci de particulier qu'il permet de voyager sans dommages de la métaphore à la représentation de la réalité...

Crédo, c’est un texte sublime de Cormann sur les femmes, la vie, le bourbier de l’enfance et l’aspiration à une spiritualité toujours refusée.
Une écriture toute de chair, incisive et jubilatoire parce qu'elle est le chemin d'une libération.
La question de la mise en scène pose évidemment le problème du rapport à l’autre. Singulièrement quand il s’agit d’un solo. J’ai voulu que l’autre “autre” soit aussi présent - physiquement - parce que cette femme n’est pas une folle qui soliloque. La précision de son parcours, la force qu’elle engage dans la bataille, les mouvements intérieurs qu’elle met en branle sont le fait d’un esprit aiguisé.
Tous et tout ce qu’elle convoque ne passent par sa bouche et par son corps que pour armer son bras. Ce geste venu du fond des âges jusqu’à ce soir où sa vie peut-être bascule, mais pas sa raison.
Tout est dans est dans le corps de l’actrice, dans ses tempis de gestes et de paroles. C’est un travail à la fois animal et délicat. Après tout, il y a un verre, une table, un autre verre ... et son corps à elle qui exsude ce texte, le temps, les silences, les emportements, la jubilation aussi et enfin.

Patrick Mons, Metteur en scène