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Crave

de Sarah Kane

mise en scène Sophie Lagier

 
 

Notes d'intentions

"Tout art digne de ce nom est subversif"
Sarah Kane

Travailler sur l'immédiat de la langue.
Que chaque réplique soit une entité, ancrée dans du concret, adressée (à soi-même, à l'autre, au public).

Utiliser la forme pour donner du sens.
Le texte comme une partition musicale.
Un quatuor.
Chaque voix existe par elle-même et par rapport aux autres.
Que le rythme, les sons, donnent le souffle.
Et témoignent de l'endroit d'où vient la parole.
Sortir du sens usuel du langage. Surtout ne pas s'enfermer dans une chose abstraite, "conceptuelle".
Mettre en vie la langue.
De façon musculaire et physique.
Organique.

Donc construire les situations sur ce qui se joue de cruel et d'amoureux.
L'un ne va pas sans l'autre…donc érotisme, solitude, possession…
Les impasses du désir.
Quand ça bloque, que ça fait peur, que ça tue.
Et quand ça se dénoue… Quel lien possible entre les êtres?

Chercher à mêler le poétique et le trivial.
Quelque chose qui se dévoile, qui se dénude.
Sans appel.

Surtout ne pas faire une apologie du désespoir.
Ne pas éviter l'humour (grinçant) qu'il y a parfois dans le texte.
Ne pas avoir peur du grotesque.

En termes de représentation, chercher plus vers le chaotique, le désordonné.
Des corps bouleversés, cassés.
Pas quotidiens. Beaux de leurs failles.
Héroïques parce que violant les lois.

Poser la question de la représentation de la violence. Elle y est moins directe que dans les pièces précédentes de Sarah Kane, moins frontale. Mais c'est peut-être au fond la même, qui s'exprime autrement.
Une implosion.

Travailler sur les sons : un ou plusieurs micros,
Et Corinne Cicolari, comédienne et chanteuse, qui prendra en charge chansons (Nick Cave? Patti Smith? Bowie?), souffles, bruits, bribes de texte…, et qui sera celle qui regarde, qui assiste à…, qui regarde les spectateurs regarder aussi. Et que la chair résonne aussi.

Je rêve d'un amas de corps.
Je rêve de corps qui se cherchent, qui s'entrechoquent, qui se mêlent et se repoussent.
Je rêve de corps isolés au milieu des autres.
Je rêve de mains qui se tendent, de bouches qui embrassent, de bras qui étranglent.
Je rêve de corps offerts à d'autres, et de corps maltraitant d'autres.
Je rêve de corps enveloppés dans des polyanes.
Je rêve de corps ensanglantés.
Je rêve de corps sur qui de la terre tombe.
Je rêve de corps qui renaissent dans la blancheur de la mort.
Je rêve de corps qui rient.
Je rêve mes cauchemars et mes fantasmes.

Sophie Lagier, metteur en scène