Spectacle en polonais, surtitré en français
Krzysztof Warlikowski aborde Shakespeare à la lumière du présent dans l’atmosphère aride et surchauffée de l’Afrique telle qu’on la trouve dans les romans de J. M. Coetzee.
Pour éclairer les figures shakespeariennes du roi Lear, d’Othello ou de Shylock (le héros du Marchand de Venise), Krzysztof Warlikowski s’est tourné vers J.
M. Coetzee, un auteur contemporain déjà présentdans (A)pollonia et dans La Fin, ses créations précédentes. Mais quel est le rapport entre Shakespeareet
l’Afrique ? À première vue, il n’a rien d’évident. Sauf quand on sait que depuis quelques années,Krzysztof Warlikowski s’applique dans ses spectacles à mettre en résonance
des textes, des lieux,des époques qu’a priori rien ne rapproche. De ces rencontres inattendues jaillissent les étincelles quialimentent son théâtre. De plus en plus, les
créations de ce metteur en scène polonais prennent laforme de fables métaphysiques nimbées de mystère où l’on bascule d’un monde à un autre commesi on errait dans un labyrinthe
spatio-temporel. Le spectateur y est à la fois emporté et frappé parce qui se déploie sous ses yeux. Ainsi Lear, Othello et Shylock – le vieillard, le Noir, le Juif – sont
ilsabordés comme autant de personnages énigmatiques, à la fois proches et loin de nous. Ces trois hérostragiques ont en commun d’avoir été rejetés par le monde qui les entoure.
De même, J. M. Coetzee,né en Afrique du Sud de parents d’origine néerlandaise, décrit dans ses romans des personnages endécalage par rapport à la réalité environnante –
dans un pays de surcroît fortement marqué par la discrimination raciale. Coetzee devient en quelque sorte le guide de cette quête initiatique à travers laquelle Warlikowski
présente, dans une atmosphère aride chauffée par le soleil africain, une vision profondément personnelle de Shakespeare
Programme saison 2011-12 - Théâtre national de Chaillot
Hugues Le Tanneur
© Magda Hueckel