La reconstitution d’un conseil municipal à partir de véritables documents mélangés à l’invention pure.
Ce projet théâtral, résultant d’une démarche d’animation-formation en lien avec différents territoires de la Région des Pays de la Loire mêle comédiens amateurs et comédiens professionnels.
La loi prévoit que les Conseils Municipaux soient publics. Seulement, personne n’y va. Il a fallu l’affreuse tuerie de Nanterre pour rappeler que cette assemblée siégeait toutes
portes ouvertes. Entre le citoyen et la chose publique, la lucarne médiatique tient lieu de place publique.
A la veille d’une série de rendez-vous électoraux, ce texte de Serge Valletti propose au spectateur de théâtre d’ « assister » au fonctionnement de la démocratie. Loin d’être
des ténors médiatiques, ce sont ici de modestes élus d’une petite bourgade qui s’adonnent à la définition première du politique : gérer le « vivre ensemble ».
Monique HERVOUET
« Pendant que nous dormons, tous les mois, dans toutes les villes de France se tiennent des Conseils Municipaux.
Démocratiquement ils débattent de la couleur des murs, de l’emplacement des fenêtres, du sens des carrefours giratoires, de l’utilisation des barbecues en zone inondable, des cassis, des ornières et des nids de poule, des Z.U.P., des P.O.S., des C.D.U.C., d’archéologie, de théâtre…
Ils parlent, causent, décident, plaident, devisent, haranguent, se disputent, s’insultent, se tutoient, se font rire, s’encouragent, se congratulent, se frappent, s’excusent et puis vont se coucher en se vouvoyant.
Il a donc été décidé de créer une pièce de théâtre fictive qui ressemblera à un Conseil Municipal réel et qui devra déboucher à brève échéance sur la réalisation d’une série de représentations théâtrales réelles d’un Conseil Municipal fictif. »
Serge Valletti
« Ecrire un texte présentant une pièce sur laquelle on est en train de travailler, c’est un peu comme demander à un pêcheur de vous décrire le poisson qu’il est en train
d’essayer de prendre »
Serge Valletti.
Un théâtre de paroles
Dans un environnement encombré de nombreuses confusions de valeurs, à l’heure de la concentration des industries de loisir, de la civilisation télévisuelle de masse, il semblerait
que la place la plus juste pour le théâtre soit du côté de ses outils premiers : parole et collectivité. Miroir d’une époque lasse de l’amalgame entre fiction et réalité, se
recentrant sur l’impact de l’oralité, convoquant une écoute encourageant l’altérité, dans un rapport au public aussi modeste que fraternel.
Un sujet politique
La démocratie serait, dit-on, malade d’elle-même, courant à sa perte dans l’exercice même de son ancestrale « utopie ».
Avant qu’elle ne soit emportée par une tyrannie marchande qui encourage le repli individualiste, ce texte nous propose d’y regarder de plus près, de se décontaminer du
désenchantement cynique qu’inspire aujourd’hui la chose publique.
Serge Valletti est plus laudateur que satirique : il salue les bonnes volontés de ces modestes élus de petites bourgades qui ne tirent pas du politique une aura personnelle
médiatisable, mais qui sacrifient de leur temps, dans la limite de leurs compétences, pour la gestion du « vivre ensemble ».
Un théâtre comique
Le théâtre contemporain est en déficit de comique.
N’y aurait-il qu’Aristophane et Dario Fo pour écrire des comédies sur des sujets qui dépassent l’intime et la libido ?
Serge Valletti se moque des hommes parce qu’il les aiment. C’est avec tendresse qu’il les regarde se prendre les pieds dans le tapis avec l’énergie et la superbe de voltigeurs.
Dans « Conseil Municipal », il met au jour les avatars de la prise de décision collective, fait s’entrechoquer la trivialité des sujets avec les tentatives d’éloquence
passionnées et maladroites. Sa démarche est singulière puisque c’est dans l’unique structure du débat qu’il tisse le canevas des rebondissements et ressorts comiques.
Monique Hervouët