Voici quelques phrases qui ont habité ma nuit, lorsque, avant de m’endormir, j’ai lu à mes enfants la Chèvre de M. Seguin d’Alphonse Daudet.
– C’est fini ; les chèvres s’ennuient chez moi, je n’en garderai pas une.
– A partir de ce moment, l’herbe du clos lui parut fade. L’ennui lui vint. Elle maigrit.
– M. Seguin s’apercevait bien que sa chèvre avait quelque chose, mais il ne savait pas ce que c’était...
– Eh bien ! non... je te sauverai malgré toi, coquine, et, de peur que tu ne rompes ta corde, je vais t’enfermer dans l’étable et tu y resteras toujours.
– De grands campanules bleues, des digitales de pourpre à longs calices ; toute une forêt de fleurs sauvages débordant de suc capiteux !... – Pauvrette ! de se voir si haut perchée, elle se croyait au moins aussi grande que le monde...
– Un gerfaut, qui rentrait, la frôla de ses ailes en passant. Elle tressaillit...
– Elle se dit qu’il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite ; puis, s’étant ravisée, elle tomba en garde...
– Oh ! pourvu que je tienne jusqu’à l’aube...
– Enfin ! dit la pauvre bête, qui n’attendait plus que le jour pour mourir.
Au matin, une part de moi était transformée. Mon loup et ma chèvre s’étaient réconciliés.
Ils avaient su, en se dévorant, régler la fable qui me fait homme.
Jean Lambert-wild