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Note d’intention

Les tribulations de Claus Peymann

Ami spectateur,

Ce n’est pas rare, un Thomas Bernhard sur nos scènes urbaines. Il y en a toujours un ou deux par saison qui rôdent dans le paysage. Ces fantômes un peu empruntés dans leurs habits passe-partout de nouveaux classiques : Lagarce, Duras, le très cher Sam Beckett, et bien sûr Bernhard.

Peut-être as-tu vu Michel Piccoli interpréter Minetti dans la mise en scène d’André Engel, et verras-tu Stéphane Bernhard (oups, pardon, Bernard) interpréter Claus Peymann dans ma mise en scène. Troublant, non ? Ces êtres vivants devenus personnages de fiction… (En 1977, Minetti fut mis en scène à Stuttgart par Peymann, et joué par… le grand acteur Bernhard Minetti lui-même.)

Ah, ces trois titres !!! On dirait la série des “Martine…“, absolument. Mais on pourrait dire aussi Les Aventures de Claus Peymann (film d’action) ou L’Affaire Peymann (Polar politique).

Ces trois Claus Peymann… forment une fable sur la création artistique et ses rouages.

LANÇONS avec joie quelques imprécations,

DÉNONÇONS le mensonge du monde,

TIRONS à boulets rouges sur acteurs, auteurs, metteurs en scène, public chéri, presse, partenaires, et nousmêmes… Une farce poétique.

RIONS encore une fois, juste pour échapper à la mort qui rôde, à la mélancolie qui persiste…

La vendeuse de fruits de la Obkirchergasse, à qui Bernhard achetait des fruits chaque jour, disait de lui : « Il parlait avec moi, il avait toujours une plaisanterie à la bouche, c’était un homme très joyeux. »
Nous sommes comme ça, nous les grands mélancoliques, nous « la magnifique et lamentable famille des nerveux ». Nous avons l’élégance parfois de ne pas faire porter notre souffrance aux vendeuses de fruits. Pour elles seules et par leur seule grâce, nous savons aussi, très temporairement, être légèreté et amour.

Yves Charreton