Elle s’appelle Clara, elle est née à Marseille en 1969, elle est détenue au mitard de Fleury-Mérogis.
Comment habiter cet espace contraint ? L’espace clos de ce périmètre aveugle, mais aussi l’enveloppe étroite de son corps souffrant, l’espace emmuré de son psychisme
fragile, tout simplement l’espace de sa vie.
L’évasion mentale est sa réponse : il est question de vols de livres (on pense au Miracle de la rose, au Journal du voleur), d’un flic ange-gardien, d’une
forêt désertée, des filles du Daim ses sœurs, tout un imaginaire foisonnant qui s’il ne masquait pas son corps malade lui permettrait sans doute d’habiter le réel et d’y
produire son poème.
Clara 69 m’intéresse pour les mêmes raisons qui, dans la production de fictions contemporaines, me portent du côté des photographies de Nan Goldin ou des romans de
Joyce Carol Oates : le processus d’empathie. À quelle distance poser le sujet ? À quelle distance du sujet se poser ? Dans quel degré de complicité ? Pour y
répondre, nous avons travaillé à un dispositif scénique qui, loin de toute reconstitution carcérale réaliste, porte en lui « la préoccupation de transformer un temps
en volume, en plusieurs volumes », pour reprendre les mots de Jean Genet.
Anne Caillère