theatre-contemporain.net, tout le theatre sur le net

 
vous êtes ici : Accueil Spectacles Cinéma En savoir plus

Cinéma

de Joseph Danan

mise en scène Alain Bézu

 
 

Présentation

L’Etranger

« Je ne suis pas d’ici – pas d’ailleurs non plus. Et le monde n’est plus qu’un paysage inconnu où le cœur ne trouve plus d’appuis.
Etranger, qui peut savoir ce que ce mot veut dire.
Etranger, avouer que tout m’est étranger »
(Albert Camus)

Cinéma est une pièce en trois époques. La première, Cinéma, nous place dans un appartement avec terrasse dominant une grande ville portuaire ; la seconde, L’Oiseau-océan, se passe à bord d’un bateau navigant sur l’Océan Pacifique, dans la troisième, L’Ile d’Alice, nous nous retrouvons sur terre, dans une maison avec terrasse, au bord de la mer, sur une ile de l’Océan Indien.
Un personnage au centre de la pièce, traverse les trois époques, il se prénomme Julien.
Julien a cherché la vie dans le mariage, dans une situation professionnelle mais il s’est aperçu combien jusqu’à ce jour il a été étranger à sa propre existence.
Quand il était enfant, il pouvait être à la fois « pompier, navigateur et astronome », tout était possible par le jeu. Il n’a jamais, dit-il, « réussi à épuiser ce désir de jouer ».
C’est donc en jouant qu’il va rechercher la vraie vie, essayer de reprendre contact avec le monde en s’inventant une autre vie. Pour cela il changera d’identité, cherchera d’autres désirs, d’autres amours, voyagera, fera du commerce, sera attiré par l’action violente… Mais cette tentative de rejouer sa vie pour en repousser les limites dans l’espoir d’atteindre la vraie vie, en éprouver la brûlure, ne se révélera t-elle pas illusoire ?

En rupture avec une conception “classique” de l’écriture dramatique, Joseph Danan a délibérément écrit cette pièce sans la préméditation d’une fable préétablie, mais avec seulement une situation de départ, quelques personnages très peu définis et l’idée du mouvement comme contrainte d’écriture, celle de paroles s’inventant instant après instant.
La réalisation scénique, l’interprétation auront pour souci essentiel de préserver cette instabilité, cette indécision, cette invention de chaque instant qui sont constitutifs de l’écriture de la pièce et à l’origine du plaisir qu’on y prend.

Alain Bézu


A travers l’écran

« si le monde est devenu un mauvais cinéma, auquel nous ne croyons plus, un vrai cinéma ne peut-il pas contribuer à nous redonner des raisons de croire au monde et aux corps évanouis ? » (Gilles Deleuze1])

Il y a dans Cinéma, inscrite dès son titre, l’idée d’un mouvement perpétuel, celui auquel le cinéma depuis ses origines nous a habitués et que je souhaitais retrouver avec les moyens propres au théâtre — mouvement produit d’abord depuis l’écriture, animant l’écriture, et que la mise en scène et les acteurs auront à charge de relayer. Ce mouvement est celui du monde. Il est aussi celui d’une conscience traversant le monde.
On a pu dire du XXe siècle qu’il était le siècle du cinéma. Cette nouvelle dimension du monde est à la fois fascinante et inquiétante. Fascinante parce que le monde est devenu pour nous comme un film — beau, cruel et violent comme un film. « C'était beau la nuit dernière, sous la clarté de la lune. Cruel et beau », dit Laura, un des personnages de la pièce.

Et c’est la raison pour laquelle cette fascination est, aussi, inquiétante. C’est que nous voyons ce qui nous arrive, même de plus fort, « l’amour, la mort », dit Deleuze, « comme s’ils ne nous concernaient qu’à moitié »2]  : comme à travers le filtre d’un écran. Du coup, nous-mêmes, qui sommes séparés du monde, sommes comme prisonniers de l’écran et ne parvenons plus à éprouver le réel.

Cinéma est l’histoire d’un homme qui essaie de sortir de l’écran pour atteindre le monde, et saisir sa vie. Il quittera sa femme et son univers familier. Il voyagera. Il traversera les mers avant de venir finir sa vie dans une île perdue de l’Océan Indien. A chaque nouvel essai, le monde aura recréé des écrans, inventé de nouveaux films, rendant inatteignable toute réalité.

Peut-être le théâtre… Peut-être le théâtre a-t-il encore le pouvoir, plus même que le cinéma, par l’effet de présence que la scène et le corps des acteurs imposent, qui est une sorte de sur-réalité offerte dans la lumière des projecteurs, de nous donner à atteindre quelque chose du monde, de notre être-au-monde — le temps, au moins, d’une représentation.

Joseph Danan


Les images, par Laurent Mathieu

Même si elles sont évidemment interdépendantes, les trois parties de la pièce de Joseph Danan proposent trois espaces autonomes, trois temporalités distinctes, trois atmosphères caractéristiques. Un appartement avec vue sur un port, un bateau en pleine mer, et une île. Autant d’univers à imaginer et à construire. A l’image de ses choix de mise en scène sur Quand nous nous réveillons d’entre les morts d’Ibsen, Alain Bézu a vu dans la vidéo le médium idéal pour faire surgir dans Cinéma la dimension onirique, ou du moins l’étrangeté fortement présente dans le texte. A chaque partie son esthétique et sa dynamique : une baie vitrée donnant sur un port de mer, ouverture sur un ailleurs voisin en temps réel, où la nuit succède au jour, où l’entrée et la sortie des bateaux structurent le temps et l’espace ; des étendues aquatiques immergeant la scène et les personnages qui la peuplent, comme s’ils étaient au milieu de l’océan ; les reflets dorés ou les flashes scintillants du soleil sur l’eau ou à travers les herbes, prenant comme écran la salle où les spectateurs auront la sensation d’être au cœur d’une étendue vierge entourée d’eau… Comédiens et spectateurs seront projetés dans des univers visuels complets, réalistes et étranges, comme autant de décors dynamiques, de séquences de Cinéma.


Le son, par Pierre André

Cinéma est, pour ma part, un triptyque sonore qui propose un voyage de la ville portuaire à l'île perdue dans l'Océan Indien, en passant par une croisière sur un navire habité de perroquets doués de parole.
Une occasion pour la bande sonore d'être singulièrement présente. De même que pour un film de fiction au cinéma, Alain Bézu a souhaité travailler les ambiances en multicanal, l'espace proposé par la salle du Théâtre des 2 Rives est transformé pour l'occasion en une salle de projection avec le son numérique en 5.1, et ce durant la quasi totalité de la création.
Son approche du son est intimement liée à mon métier de chef opérateur du son et de monteur son pour le cinéma. Vous pourrez donc entendre des ambiances connues et inconnues évoluer en d'étranges atmosphères - chères à Joseph Danan. Un voyage visuel et sonore généreux qui renoue - en terme sonore - avec notre première collaboration en 1998 sur L’Enfance de Mickey.

Notes

1] Cinéma 2. L’Image-temps, Minuit, 1985, p. 261.

2] Ibid., p. 223.