Quand inscrire le sens est extrêmement difficile, qu’est-ce qu’on fait? Le terrorisme n’est pas simplement un phénomène politique, c’est aussi un phénomène artistique. Il existe aussi dans la publicité, les médiats, les reality-shows, la pornographie médiatique. La dernière chose à faire, c’est de donner un coup de poing à l’autre pour le réveiller. Je pense souvent à l’image de cette enfant sourde et muette des années 50 qui était totalement isolée du monde et qu’on a sorti de son isolement par une gifle ! Le choc lui a rendu la parole ! Je repense aussi à ces mots d’Octavio Paz qu’Hanna Schygulla avait utilisés quand nous travaillions ensemble sur la création de «Protocole de rêves». Elle parlait d’un rêve qu’elle avait fait dans les années 70 à propos d’une activiste de la RAF et qu’elle avait surnommé : «Terrorist Starr»
«Il suffit à un homme enchainé de fermer les yeux pour qu‘il ait le pouvoir de faire éclater le monde». Octavio Paz
Il n’y a rien de plus excitant pour un metteur en scène que des textes dont il faut percer le secret. Dans CIBLE MOUVANTE, l’histoire ou plutôt l’intrigue poursuit une logique implacable sans jamais imposer un sens. On est là, dans une sorte de rêve, où seules certaines aberrations agissent comme des révélateurs, des moments de conscience qui nous alertent sur notre état de rêveur. Nous avons à la fois l’impression d’être dans notre monde, description de lieux, références à la menace terroriste, questionnements sur la position d’être parents... et pourtant la situation absurde dans laquelle les protagonistes se débattent, sans jamais être dans un lieu précis et dans un temps donné, perturbes notre entendement. Dans la narration comme dans l’action, ils vont jusqu’à devenir des militaires en armes, des démineurs, des agents fédéraux. Ils me font penser à ces enfants qui jouent, et prennent en charge tous les rôles, jouent tous les lieux, pour satisfaire leur imagination autant que leurs pulsions de mort.
Mikaël Serre