Chaise figure dans la série des trois « pièces plus courtes » qu’Edward Bond a écrite initialement pour des jeunes mais aussi pour des adultes. La pièce se déroule
dans une société très répressive : en 2077, hors de son appartement, tout humain est suspect ou peut le devenir très vite. Alice, l’héroïne qui a osé transgresser les ordres,
va être entraînée inéluctablement vers une confrontation finale.
C’est un pas supplémentaire vers l’idée d’une déshumanisation de nos sociétés que Bond nous fait franchir. En nous montrant une situation violente et tragique, il persiste à
penser qu’il provoquera chez le spectateur une prise de conscience de la même intensité qui le conduira à tout faire pour éviter un futur qui s’annonce comme une perte définitive
de l’humain. Dans Chaise, le moindre sentiment, la moindre émotion à la vue d’un de ses semblables est passible d’une enquête pour celui qui brave les interdits. On ne sait plus
embrasser sans mordre, parler sans trembler de peur.
Comme toujours chez Edward Bond, le style est précis. Ces pièces se déroulent sans heurt, les engrenages de la structure dramatique méticuleusement huilés, mais chagrin et colère
sourdent sous les dialogues épurés alors que, ponctuée par des accès de rire irrépressibles, Chaise s’achemine lentement vers la catastrophe.
Cependant, la méfiance généralisée, la difficulté d’établir un rapport humain avec l’autre, la peur permanente n’empêchent pas que se maintienne ce fond d’humanité qui entre en
résistance.
Jean-François Perrier