Ce sera une petite forme, comme on dit.
L’auteur prend le plateau comme d’autres prennent l’eau ou au mieux la mer.
Il s’en empare avec un musicien, Pierre-Jules Billon, pour tenter un voyage de mots, d’images et de sons, ordonné par Karelle Prugnaud.
Un matin, après un gros cauchemar, il traverse enfin le miroir, se met à nu et déambule dans le train-fantôme de sa vie, explorant tant bien que mal les petits territoires qui le
constituent. A vue, il vieillit, s’effondre, se désincarne socialement. Le pire, c’est que ça le fait rire.
Il glane tout ce qui lui tombe sous la main, il fait feu de tout bois pour reconstituer cette histoire qui pourrait être la sienne ( ou bien celle d’un autre, ou bien encore d’un
troisième, cet être de fiction fait de mentir-vrai).
Cela se passe dans une cave où il vit reclus, les murs ornés de sacs plastiques, pendus tout autour de lui pour cacher les fissures. Des sacs plastiques maintenant vides, mais
dont chacun pour lui a contenu de précieux et dérisoires objets du passé qui sont associés à des histoires, des souvenirs, des mots, des musiques qui se mêlent.
Donc là, il joue avec les masques et les images, reprenant et détournant leurs formes archaîques et leur fonction traditionnelle.
Il tente de raconter, de faire revenir et de faire naître dans le même mouvement, de rêver plus ou moins éveillé, de fredonner des chansons à dormir debout. Les siennes ou celles
de Damia ou Ouvrard. Et aussi toutes sortes de sons et de musiques tirés d’objets détournés, bouilloire ou petit jouet enfantins, jusqu’au riff d’une guitare électrique
seventies.
En parlant, chemin faisant, de l’amour, des rencontres et des trahisons, de l’enfance, de ce qu’il en reste. Du quotidien comme il s’en va au jour le jour, Il se dit souvent que
s’il écrit c’est pour envoyer des messages, des bouteilles à la mer à des gens qu’il a rencontrés, qu’il a aimés. Est-ce qu’il aurait encore vraiment aujourd’hui quelque chose à
leur dire ? Et surtout est-ce qu’il aurait envie de s’y risquer. Il aimerait pouvoir s’exposer à parler de tout ça , de la vie et de petites choses infimes et rythmées qui
donnent plus ou moins envie de la continuer ( ça dépend des jours…). Un peu comme dans une sorte de “ talking blues ”entrecoupé de scies de comique troupier et de comptines
enfantines.
Karelle Prugnaud et Eugène Durif