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« Je voudrais... Je voudrais... »

D'après le conte populaire de Charles Perrault

Souvent improvisé sur un simple canevas, ouvertement destiné à son auditoire qu’il prend à témoin et invite à participer, le conte prêche par l’exemple l'autonomie fictionnelle. Pour ses auditeurs enfantins, il ouvre au jeu entre imagination et réflexion critique ; il en réveille le souvenir et le charme pour les moins jeunes. Comme l'écrit François Flahault, les grands contes sont initiatiques : «Comment ne pas devenir l’otage des liens dans lesquels nous nous sommes constitués ? comment nous en détacher suffisamment pour en former de nouveaux ? comment devenir soi ?». Rituels, donc, mais rituels d’ouverture à la liberté, les contes sont faits pour être constamment réinventés par leurs conteurs, et qu’il s’agisse du Petit Chaperon rouge, de Pinocchio ou de Cendrillon, leurs héros ne se laisseront jamais enfermer une fois pour toutes dans un texte – jamais leurs aventures ne cesseront de se transformer, d’un livre ou d’un soir à l’autre. Ce trait explique peut-être l’intérêt de Joël Pommerat pour les contes, car il s’accorde remarquablement à sa propre façon de concevoir le travail de l’écriture. Pommerat, en effet, l’a souvent déclaré : il n’écrit pas des textes, mais des spectacles, dont ses livres, après coup, ne constituent que des traces. Pour approcher un destin comme celui de Cendrillon, il ne faut surtout pas, selon lui, partir de réponses ou de certitudes («Cendrillon, c’est l’histoire de…»), mais de questions ou d’intuitions, même si elles paraissent brutales («Je veux faire une pièce pour enfants sur le deuil et la mort»), puis laisser s’aimanter autour d’elles toutes sortes de matériaux d’apparence d’abord disparate qui vont peu à peu réagir entre eux, se dissoudre, se précipiter, jusqu’à trouver leur consistance et leur équilibre propres – très loin, peut-être, de ce que semblaient laisser prévoir les fondements de la recherche. Il faut se rendre disponible à des matières : verre, cendres, éclat scintillant ou sombre de certaines atmosphères. Il faut noter des fragments sonores, esquisser des contrastes et des trajets – à l’heure qu’il est, Pommerat imagine un progrès vers toujours plus de transparence, mais ce n’est qu’une direction de travail. Il faut laisser croître des buissons d’histoires plus ou moins épineuses sans se soucier trop tôt de les tailler ; peupler un fouillis de lieux obscurs (et qui peut-être le resteront) de figures incertaines et transitoires, prenant corps et consistance au contact de situations qu’une notation trop précise risquerait de dépouiller de leur magie. Il ne faut donc surtout pas, il y a à cela des raisons profondes, vouloir anticiper sur le visage de cette future Cendrillon. Pommerat lui- même ne le connaît pas et ne veut pas encore le connaître, car le connaître avant le temps reviendrait à l’avoir perdu. Patience, donc : cela s'appelle une création.

Programme saison 2011-2012 - Odéon-Théâtre de l'Europe