Après le monologue d’une jeune femme, Res/Persona, celui d’un jeune homme sous le regard et les commentaires de deux fées malignes, Fées (présenté en mars dernier au
Théâtre de la Cité internationale), c'est un couple qui est l’objet d’étude de Cannibales, troisième volet de ce constat lucide sur une génération, la leur, que Ronan
Chéneau et David Bobee ont entrepris en grande complicité au sein du groupe Rictus. Partir de l’intime pour arriver à l’Histoire d’où ils viennent. Si Ronan Chéneau écrit au plus
près du plateau « au coeur même de la machine théâtrale, avec le travail de la lumière et du son », dit-il, David Bobee, lui, bouscule la notion de genre, croise,
mélange les éléments qui font un spectacle.
Pour Cannibales, il y avait d'abord l’idée d’une scénographie, ce grand loft blanc qu’habite un couple de jeunes gens amoureux, ordinaires, plutôt gâtés par la vie. Le
spectacle commence par leur suicide par le feu et nous fait refaire le chemin qui les mène à cet acte définitif, constat d’impuissance face à la société marchande.
Scènes et performances des comédiens / danseurs et des acrobates composent ce paysage où les hommes sont sous la surveillance constante des caméras. L’énergie farouche, la fougue
avec laquelle ces jeunes artistes fracassent les mots, bousculent l’espace, alliées à l’inventivité de la mise en scène démontrent avec éclat que leur génération est tout, sauf
résignée.
Aux spectateurs de ce théâtre en fragments de combler les vides, bouleversés qu’ils sont par cet aveu de faiblesse face au monde.