Séduit par sa poétique, son ironie, sa liberté, c'est la version primitive de la pièce d'Albert Camus, que Stéphane Olivié Bisson a choisi de mettre en scène. Une version plus instinctive, plus ambiguë, plus extrême, qui révèle davantage toute la complexité de la nature humaine, à travers le destin d'un homme, souvent décrit comme un tyran psychopathe, en quête d'absolu.
De son enfance perdue, Caligula garde une faille, qui hante l'homme cynique, pervers et sans illusion qu'il devient. «Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux», tel
est l'amer constat qu'il se voit révéler brutalement à la mort de Drusilla, sa soeur et amante. Rome est gangrénée par la violence et la corruption. Désabusé, l'Empereur
Caligula se joue de tout et de tous avec une cruauté sans limite. En quête d'absolu, il croit l'atteindre en se libérant du Bien et du Mal, pervertissant toute valeur, dans une
fuite en avant nihiliste qui détruit tout, jusqu'à lui-même.
Entouré de ses partenaires, Bruno Putzulu incarne avec beaucoup de souplesse et de subtilité cet être éminemment monstrueux, qui n'en demeure pas moins un homme, dans toute son
horreur et sa vulnérabilité. La scénographie de Georges Vafias est mouvante, inventive, les photographies de Tim Walker, sensibles. L'ensemble des partis pris de mise en scène
apporte une dimension onirique et presque chaleureuse à cette pièce dont on ne saurait dire si elle est subversive, nihiliste ou optimiste, tout simplement parce qu'elle réussit
le pari d'être les trois à la fois.
Production : Cie Lamberto Maggiorani
Coproduction L'Avant-Seine-Théâtre de Colombes
Production déléguée L'Avant-Seine-Théâtre de Colombes
© Letizia Piantoni