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A propos de la pièce

Bruit / mise en scène des mots

A propos du théâtre grec
On voit ici poindre le principe de dialectique formelle qui fonde ce théâtre. La parole exprime l’action, mais aussi lui fait écran : le « ce qui ce passe » tend toujours au « ce qui s’est passé » Roland Barthe

François Bon n’est pas un auteur de théâtre. Il écrit, en autre, pour le théâtre. Ses écrits sont, avant tout, des actes poétiques.

Nous sommes ici résolument dans un théâtre de la parole. Tout est dit. L’action, puisque théâtre il y a, est sous l’influence du verbe qui lui-même est généré, non pas par un sens, une cause ou une résolution mais par un état.
Pour la représentation François Bon nous donne ce qu’il y a à faire entendre et nous laisse face à face avec la théâtralité ( selon Barthe, tout ce qui n’est pas texte). Mais sans pour autant se débarrasser de celle-ci. Il l’interroge par l’instabilité des rapports convoqués, rapports : scène-salle, public-acteur, acteur-personnage, personnage-personnage.

Nous sommes, donc, plus face à un récit (donné au présent) que face à la représentation d’une action immédiate. Ce qui rapproche Bruit de la tragédie grecque. Et distancie le texte de son sujet. Dans ce sens, les personnages sont des Messagers : ceux qui ont vu et entendu et (re)viennent : dire, révéler. Et au-delà, de leur simplicité, de leur maladresse, de leur ivresse shakespearienne, les personnages de Bruit grandissent devant nos yeux parce qu’ils savent ce que nous ne savons pas.

A ce propos, il est intéressant de se rappeler que François Bon est l’un des traducteurs de la Bible (Nouvelle traduction) et tout particulièrement du livre de Jérémie : Paroles de Jérémie. Un Jérémie erre aussi dans Bruit, ce rapprochement élargit la nature des personnages. Sortis d’une réalité reconnaissable (pour nous aujourd’hui) celle des exclus, des SDF, ils revêtent ici, l’étoffe du mythe. Leur condition n’a plus court. Ce sont des hommes qui parlent aux hommes. Avec toute l’importance de cet acte : PARLER. Dans l’introduction à la traduction des Paroles de Jérémie, Léo Laberge co-traducteur avec François Bon parle du poids de la parole : « L’expression "la parole de Yhwh vient à Jérémie" est fréquente dans le livre de Jérémie. Elle illustre la conviction que le prophète est un porte-parole de Dieu. Le prophète réveille ainsi la conscience de ses auditeurs, les fait se retourner vers le seigneur pour vivre selon les lois de Yhwh et de son peuple. La « parole de Dieu » invite à réagir à l’instant même et ne vise pas l’avenir ou la révélation de ce qui arrivera. Chez Jérémie peu de vision comme dans le livre d’Isaïe ou d’Ezéchiel, mais des paroles à transmettre ».
Sorti du contexte de la Bible, le rapport à la parole désigné par Léo Laberge se retrouve dans Bruit. Et donne force et grâce aux personnages de Morsure, Jérémie, Tadeusz et l’Errante. Un peu comme chez le peintre Georges de Latour où les modestes, les rustres sous les traits de la sobriété, de la simplicité et d’une expressivité réduite à l’essentiel sont touchés par la grâce et la sainteté, presque sans le savoir.

Une fois encore , mettre en scène Bruit : c’est entendre les mots sortir du silence , avoir confiance en eux, croire en leur force et leur autonomie.

Pour Koltès (extrait) Le théâtre a cette magie hors de la littérature que ce qu’il nomme et qu’on ne voit pas prend statut de réalité par le fait même qu’on la nomme ( au delà de la scène et dans le présent qu’elle profère) François Bon