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Présentation

"Bouge plus!", c'est une aventure qui a commencé à côté de tout, une pièce qui est passée après toutes les autres, et qui, au final, est devenue le centre de mon travail.
C'est une pièce qui n'en est pas une. Quelqu'un m'a dit un jour que justement, dans "Bouge plus!", la pièce, elle brillait par son absence. Une suite de petites scènes très courtes, très indépendantes les unes des autres, qui mises dans un certain ordre, finissent par raconter l'histoire d'une famille.
Trois personnages: le père, la mère, l'enfant. Trois objets: les fleurs, la chaise, la table. "Bouge plus!", c'est une suite de tentatives pour essayer de faire tenir tout cela debout. C'est un peu comme une photo de famille, quelqu'un dit: "on bouge plus !", mais, au final, y en a toujours un qui est flou, ou qu'on voit pas, ou qui fait la grimace.
Les personnages, ça doit être comme les enfants qui disent toujours tout haut et trop fort les choses qu'on ne doit pas dire, en tout cas pas comme ça, ou pas à ce moment-là, et qui mettent tout le monde dans l'embarras, qui laissent sans voix.
Une pièce de théâtre doit toujours préserver au mieux les capacités de l'acteur. Le texte n'est qu'un outil. "Bouge plus!" doit toujours montrer que c'est quelque chose qui s'essaie.

Philippe Dorin


Bouge plus ! Ça remue

Tous en cœur, tous en chœur pour raconter l'histoire - un pour tous, tous pour un - qui a la main ? - pas un pour rattraper l'autre - le sort de la famille, le ressort de la famille - chacun tient, retient sa place - le plus beau c'est quand le dérapage est collectif quand ils s' y mettent à trois pour déraper l'histoire écrite par Philippe Dorin - quand c'est saisi dans le vif juste à point pour donner l'impression que ça s'invente sur place, sur pied, là, devant vous, comme si le texte venait d'une improvisation hasardeuse et fulgurante, alors que le texte était là avant, prêt au déballage de l’interprétation.
Moi je regarde et je mets un peu de musique pour assaisonner pour que ça devienne encore plus piquant et parce que la musique s'y connaît en matière, en manière de ressort pour élargir l'espace de la tête.
Dorin dans son texte prend le petit bout de la lorgnette comme une espèce de regard à l'envers, par le mauvais trou de serrure, à rebrousse poil pour, en détail, en allusion, en illusion, en illumination comme le poète qu'il est, inventer chaque instants les conditions de la vie de famille. Alors pour jouer ce texte il faut avoir l'âme bien poétique et se jouer des références si présentes de nos jours comme pour quadriller nos vies et nous souffler sans cesse le "tu dois" - on a pour dire le libre sens à s'enfoncer dans la désobéissance comme l'enfant de cette famille désobéissance au sens, qui contamine le trio familial, les parents n'étant que d'anciens enfants.

Michel Froehly