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Pour planter le décor

Au départ, Schaad vient d'être acquitté; il est à l'avant-scène. A peine là, il se fait happer par les moments de son procès qui le hantent au point de l'obliger à en revivre certains épisodes.
Le décor est composé de deux lieux.
Le premier, à l'avant-scène figure le présent de Schaad, un espace vide comme son présent est vide...
Le second, plutôt en fond de scène représente son souvenir, une présence lourde, structure de bois, fermée : la salle d'audience qui, telle que l'a conçue Jacques Deneux, évoque une arène. A l'intérieur de cet espace qui soulignera la prégnance du regard des autres, vont apparaître les différents témoins du procès, dont les sept femmes de Schaad. Leur présence est en partie tronquée –ils ne seront vus qu'en plan américain– et ils évoquent des bribes, morceaux choisis, du passé de Schaad. Ils en reconstituent une image, partielle, partiale, contradictoire... Félix Schaad ne retournera pas dans l'espace du procès : il n'y a plus accès, même s'il peut, à distance, se souvenir de son rôle. Par contre, le procureur viendra hanter le no-man's land de Schaad, fera se déplacer le lieu du combat, jusqu'à la mise à nu, une mise à mort que Schaad s'inflige lui-même.
Le procureur est au centre, meneur de jeu, incarnation de la question, du doute, de la pire des hypothèses. Il force la parole, le ton, il contraint. Il viendra harceler Schaad jusque dans "son" espace, sa pensée. Interlocuteur unique, finalement.
Au fur-et-à-mesure, l'aspect de Schaad se "décivilise", tout comme son espace. Physiquement ou non, il est mis à nu.

Quelques enjeux de la mise en scène :
Préserver le suspens, rendre compte de ce que le personnage est à la fois victime et auteur de son histoire, de son image.
Préserver aussi, souvent dans la contradiction, cette vision de Frisch qui, navigant entre l'intime et le public, souligne le cocasse, le ridicule ou l'attendrissant. Harmoniser les mouvements entre le présent et le procès qui se prolonge dans le temps et vient ronger l'espace...
Amener enfin, comme le fait le récit, à ce que le propos déroute, interroge, fasse parler..