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La Pièce

L’association de ces deux textes, Les amants de Bagdad et Un monde (qui) s’efface s’est faîtes de façon naturelle, comme une évidence. J’irais jusqu’à dire qu’ils se sont spontanément « rencontrés ». Et c’est en qualité d’observateur que je témoigne de cette rencontre, à laquelle je m’associe par affinité d’esprit et sensibilité poétique :

• Dans le récit dramatique de Jean Reinert, « les amants de Bagdad » il est question d’amour. Sentiment qui lie deux jeunes gens, et passion qui se tourne vers la poésie, celle de la Perse classique qui va du VI° au XI° siècle, et celle des poètes contemporains de langue arabe comme Mahmoud Darwich, Samih al- Qassim, Nazik al-Mala’ika…

• Dans le monologue théâtral de Naomi Wallace, « un monde (qui) s’efface », le sentiment amoureux a deux objets, les oiseaux et la poésie. Ali, le personnage de ce monologue, cite les poètes Arabes contemporains qui lui sont chers : Ghassan Kanafari, Badr-Sakir-al-Sayyab, Mahmoud Darwich…

• Une réalité historique réunie le scénario de chaque texte : l’agression de l’Irak par l’Amérique. Chez Naomi Wallace, une guerre passée, celle du Golfe, chez Jean Reinert, une guerre encore actuelle…

Le titre de cette création, « Bagdad mon amour, diptyque » s’inspire d’un texte de Salah Al Hamdani, poète Iraquien exilé en France depuis la dictature de Saddam Hussein. Nous nous sommes rencontrés à l’occasion du festival de Lodève, Les Voix de la Méditerranée, en 2004. C’est sur une lecture de son poème entrecoupé de chants, Bagdad mon amour, que la rencontre s’est faite. Depuis, nous sommes restés en contact.

Nous nous sommes revus à nouveau en 2005, à Champigny-sur-Marne, au Théâtre Gérard Philippe, lors d’une lecture de ses poèmes en Arabe et en Français, pour la création de Naomi Wallace, « Au coeur de l’Amérique ». Proposition faite, à Salah Al Hamdani, d’enregistrer en arabe un poème de Badr Châker as- Sayyâb « Le Chant de la pluie ». La scansion musicale et rythmique de la langue arabe classique servira de trame sonore, trame où se reposeront les mots et les corps des personnages.

Sur la bibliothèque d’Ali, l’Orient et l’Occident cohabitent sur la même étagère. Dans sa chambre d’étudiant, l’Irak laïque s’impose. Les poètes classiques et contemporains de langue arabe se mélangent à Shakespeare, Becket ou Hemingway.
« Bagdad mon amour, diptyque » est une sorte de prolongation de ma dernière mise en scène, « Au coeur de l’Amérique » de Naomi Wallace.

Avec ce spectacle, je me dissocie de la tragédie imposée à ce pays pour mettre en lumière la culture millénaire qu’il nous inspire.

Flavio Polizzy