Avis aux intéressés est une pièce inhabituellement courte pour une œuvre dramatique. Elle est cependant d'une intensité comparable à celle qu’on
ressent parfois à la lecture d’une nouvelle : on est saisi par la brièveté de l’œuvre – quelques pages – et la force qui s’en dégage. La pièce tient à la fois du conte, du
fait divers et du poème tragique.
Du conte parce que les deux personnages – un père et son fils – sont soumis à une « épreuve » et que celle-ci est révélatrice au sens où elle met au jour malgré les
apparences la nature profonde de leur relation : l’amour. Cette découverte rédemptrice constitue le vrai dénouement de la pièce, même si la mort en est l’issue finale. Ce qui
la rapporte au fait divers c’est que le genre de situation dont il est question semble appartenir à la banalité de l’existence : ces deux hommes sont à la marge, on passe à
côté d’eux sans rien savoir de leur épreuve, la vie les ignore et cependant leur histoire est extraordinaire. Le temps joue son rôle dans cette affaire, ce père n’a que quelques
jours devant lui pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé, il s’y emploie avec la ténacité d’un homme qui affronte le destin. Enfin, le silence et la solitude sont la matière
même d’où émerge la parole : tout ce qui est dit doit être dit, fatalement.
Il reste que dans le regard que porte Daniel Keene sur notre humaine monstrueuse condition, il y a une tendresse qui nous permet encore de sourire.
Didier Bezace, juin 2004