« Plus tard Tu verras
Tu me remercieras
Tu diras papa avait raison
Plus tard encore tu diras ah si papa était encore là
Ah si papa était encore là tu diras et ce sera trop tard
Tu verras
Comme tout le monde tu feras »
Commencé en résidence d’écriture au Centre Européen de la Jeune Mise en scène (maison Gaston Baty – Pélussin) en août 2002 et achevé à Paris en avril 2004.
Bourse d’encouragement à l’écriture de la DMDTS en juin 2004.
Mis en lecture au Théâtre du Rond Point par l’association À Mots Découverts en octobre 2004 dans le cadre des mardis midis libres du Rond Point.
Mis en lecture par le Facteur Théâtre à Chaumont en février 2005.
Coup de coeur des Comités de Lecture du Théâtre de la Tête Noire et du Théâtre de l’Éphémère (Scènes conventionnées pour les écritures théâtrales contemporaines) / Sélectionné par le Comité de lecture du Théâtre du Rond Point.
Présenté en lecture - mise en espace par la Compagnie Sambre en mars 2005 à l’Espace Germinal de Fosses (premier chantier de travail d’une semaine autour du texte).
Le texte a été lu au Salon du Théâtre et de l’Édition théâtrale à Paris, place Saint-Sulpice, le 24 juin 2006.
Une première version du texte a été mise en circulation et soumise à des comités de lectures en 2003. La version définitive a été achevée en avril 2004.
Écriture et mise en scène / un parcours artistique
Carole Thibaut développe depuis quinze ans en parallèle son travail d’auteur et de metteur en scène. Depuis 2001, au sein de la Compagnie Sambre, elle mène une recherche tournée
exclusivement vers les écritures contemporaines. Ces quatre années de créations correspondent à une nouvelle étape dans son travail d’auteur, (commandes d’écriture, exploration de
nouvelles formes) pour amener, en 2004, à l’écriture de Avec le couteau le pain. Elle décide alors de réunir pour la première fois ces deux parcours artistiques et de
mettre en scène son propre texte.
L’histoire
C’est l’histoire de la gamine, subissant le pouvoir arbitraire du père et la passivité de la mère, confrontée à une violence familiale érigée en système de
valeurs. Elle se réfugie dans la religion où elle trouve la justification mystique de ses « souffrances ». Dans cet univers clos va arriver un beau jour Norbert,
fils d’un « très bon ami » du père, Norbert, le fort en maths, gendre idéal. Il va peu à peu reproduire le même rapport de violence et d’oppression envers
elle. La gamine va tenter de se dégager de cet univers en s’inventant une identité qui lui avait été refusée jusque là.
Le propos
Avec le couteau le pain traite de l’oppression. A travers le parcours de la gamine, c’est de l’impossibilité, pour tout être plongé dans un système oppressif et
confronté à une violence arbitraire, de se construire une identité propre, dont il est question. L’histoire est vue à travers le regard de la gamine : vision
déformée, souvent burlesque, qui correspond à la réalité de l’enfant et crée du même coup la distance nécessaire au traitement de ce sujet. Comédiens et univers scénique
participent de cette vision déformée, renvoyant à un univers fantasmagorique, nourri d’imaginaire et de mémoire enfantine.
Mémoires enfantines
Avec le couteau le pain est tout entier baigné par des références à nos mémoires enfantines collectives : rêves, terreurs, désirs, frustrations, cauchemars
enfantins, mais aussi : Alice au pays des merveilles (jeux de tailles et d’apparitions, jeu de miroir), Le petit poucet et autres contes aux héros
minuscules, les histoires d’ogres (la figure du père), de marâtres (la figure de la mère), de princes charmants (la figure inversée de Norbert),
Cendrillon, Blanche neige, …
L’écriture La pièce est construite comme une partition de jeu précise : renvois à la ligne, indications typographiques (majuscules marquant les montées
brusques de colère, par exemple). L’économie de mots et une écriture épurée induisent un univers ritualisé, d’où est bannie toute parole libre. Les seuls moments de libération du
langage sont les monologues mystiques de la gamine : échappatoires limitées pour tenter d’exprimer ce qu’elle vit.
Scénographie
L’univers scénique est construit à travers le regard de la gamine, tout y est trop grand, disproportionné. Réalité et fantasmagorie s’y mêlent inextricablement. Les formes et les
couleurs y sont déformées, les lignes de fuite trichées. L’univers du spectacle s’inspire de certains univers du cinéma expressionniste allemand, dans ce qu’il peut avoir
d’enfantin et d’onirique (pour ne pas dire cauchemardesque).
L’espace scénique est centré autour de la table familiale. Elle est le coeur névralgique de la famille et l’axe symbolique autour duquel s’articule toute notre histoire. Elle est
comme vue à travers les yeux de l’enfant : immense, écrasante. Elle cristallise toutes les tensions familiales ainsi que l’oppression vécue par la gamine. Au fil du
spectacle, la table fonctionnera également comme une petite scène suspendue et resserrée, sur laquelle, surgissant de trappes jusque là invisibles, vont évoluer les personnages.
La table monstrueuse se décline en ses multiples possibles, devenant tour à tour le bureau écrasant du père, la table du repas, temps de la sentence et du jugement, le
lit monstrueux de Norbert, et enfin, la table des noces, l’autel du sacrifice.
La table est posée sur un sol à damiers noirs et blancs, déformés et aux lignes de fuite volontairement trichées pour créer un déséquilibre de l’espace scénique, comme un univers
prêt à basculer dans l’absurde et le fantastique.
Lumières
La lumière joue, comme dans les précédentes créations de la Compagnie, un rôle essentiel. En référence au cinéma expressionniste allemand et à l’univers visuel des bandes
dessinées de Foerster, c’est elle qui étire, resserre ou/et déforme l’espace, accentue les jeux de tailles, crée les décrochages imaginaires, accentue l’univers fantasmagorique à
travers un travail d’ombres portées.
Les ombres
Un cyclorama (toile peinte) permet la création d’ombres projetées et d’ombres chinoises : reflet déformé de la réalité, projection de l’imaginaire de la gamine, de ses peurs
et de ses fantasmes. Ainsi l’image du père se met-elle à bouger indépendamment du personnage, ainsi la leçon de maths s’écrit-t-elle toute seule sur le tableau, ainsi les parents
apparaissent-ils par moments immenses et écrasants, ou tels des créatures monstrueuses.
La création sonore
Une création sonore accompagne cette recherche entre réalité et fantasmagorie. Par instants la voix se déforme : intime et très proche à certains moments pour la gamine,
énorme pour le père. L’accompagnement sonore, entre musique et bruits, discontinu, crée, par ses sonorités épurées, presque cristallines, un contrepoint, entre conte de fée et
ironie douce-amère.
À partir de quel âge?
Tous publics, adolescents, jeunes et adultes.
A noter que la pièce, de par sa thématique et sa forme, peut s’adresser aux élèves des collèges et lycées. Dans ce cas, la Compagnie propose un travail d’accompagnement de
l’oeuvre (cf. pp. 13-14) sous formes d’ateliers, interventions, rencontres-débats…