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La Pièce

Une famille bourgeoise se retrouve le temps d’un repas. Sans petits-enfants et sans conjoints. Un repas de famille nucléaire. Comme quand on était petits.

Les parents ont la soixantaine et les deux filles, Ewa et Ann, 43 et 38 ans.

On converse autour du potage à l’avocat et du pâté en croûte. Tout va bien, à ceci près que personne ne s’écoute vraiment. Quelque chose dérape, dans le langage, déjà. Et Ann la cadette, met les pieds dans le plat. Poussant tout le monde à bout, elle oblige chacun à se mettre à table.

Peu à peu les bienséances bourgeoises se défont, les masques tombent les uns après les autres.Au fil des plats et des bouteilles qui se vident, les paroles sourdement anodines laissent place aux accès de violence, et chacun met à nu sa propre histoire, chacun raconte sa vérité.

Un repas de famille, ça réactive les schémas de l’enfance, les rapports de pouvoir, les névroses familiales, toutes les figures de duels et de duos, comme autant de figures musicales : rivalité entre les deux sœurs, hostilité de la cadette pour sa mère et inversement, solidarité de la fratrie face aux parents, désamour des parents… Comme si c’était hier. Le temps ne fait rien à l’affaire.

Pour autant, les filles sont adultes – la quarantaine, l’automne déjà ? – et renvoient avec violence à leurs parents vieillissants – déjà l’hiver, comme le temps passe ! - leurs échecs et leurs manques, leurs souffrances et leurs reproches

Oh si ! Le Temps, c’est la grande affaire !

Comment dire celui qui passe et celui qui reste ? Comment accepter celui qui ne reviendra plus ?

Le père se réfugie dans le silence, la mère dans les regrets, Ewa dans le travail, Ann dans la colère. Et tous dans l’alcool. Car pas de réparation possible, pas non plus d’échappatoire. La famille, c’est pour la vie…

Démontant les rituels du repas familial, Lars Norén nous convie à une mise à nu des rouages constituant cette famille ordinaire. D’un humour féroce, son écriture incisive, à la structure extrêmement musicale, donne à entendre, entre les lignes, le mal-être, les renoncements et les espoirs de chacun.

Des enjeux fondamentaux affleurent sans cesse au gré des sujets les plus quotidiens.

Qu’en est-il de l’individu au sein de la famille, de sa place, de sa liberté, de son libre arbitre ? Quelle est la nature des liens familiaux ? Comment couper le cordon et accéder à l’âge adulte, à l’autonomie ? Comment accepter la solitude, les échecs et le temps qui passe ?