Un repas de famille.
Ordinaire ou presque. Les parents, Margareta et Henrik, à l’aube de la soixantaine,
et leurs deux filles — Ann et Ewa, la quarantaine —
conversent autour du potage à l’avocat et du pâté en croûte.
Ce soir, la conversation dérape : Ann, la cadette,
met les pieds dans le plat. Poussant tout le monde à bout,
elle oblige chacun à se mettre à table.
Les bienséances bourgeoises se défont,
les masques tombent un à un.
Automne et Hiver est une tragédie familiale ; une tragédie du renoncement et du temps qui passe.
Dans cette famille bourgeoise, on ment et on se ment. Seule Anne, la mère célibataire, avec un terrorisme proche de l’adolescence, fouille et exhume. Avec le bistouri du
langage, elle incise et révèle les différentes peaux, les faux-semblants, elle fait tomber les faux-soi, les fausses identités dont les uns et les autres se sont vêtus pour
tenter d'exister. Elle conduit chacun au bord de son vide, de son gouffre, avec une lucidité impitoyable.
Alors tous tentent de se défendre, pris dans le piège de la tolérance où l'on souffre ou du rejet qui exclut plus encore.
Chacun est tour à tour victime et bourreau. Les figures de duels et de duos se succèdent, les alliances se font et se défont : rivalité entre soeurs, relations père-fille,
hostilité ouverte de la cadette pour sa mère (et inversement), solidarité de la fratrie face aux parents, désamour du couple…
La violence comme un mouvement marin enfle et s'apaise pour rejaillir et s'apaiser à nouveau. Argent, salade, éducation, dessert, réussite, café, regrets, le tout bien
arrosé : au fil des plats et des sujets de conversation, chacun met à nu sa propre histoire.
Sous-jacents, affleurent alors des enjeux fondamentaux : qu’en est-il de l’individu ? Au sein de la famille, quelle est sa place, sa liberté, son libre arbitre ?
Lars Norén pratique l’art de la fugue : sous la simplicité d’un langage quasi-cinématographique, la langue se consume dans un mouvement tour à tour rapide, saccadé, qui joue de ralentissements et de reprises, entremêlant les adresses, faisant disparaître, affleurer et ressurgir les thèmes. Le langage, extrêmement formel, dément l’apparent réalisme de la pièce.