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La pièce

Ce qui m’intéresse dans cette pièce c'est la façon dont Lars Norén interroge, par très petites touches, les représentations et la mémoire familiale. La famille où par définition la vérité est difficile à dire, difficile à trouver vraiment, tant elle est tissée de nombreux fantasmes.

La mémoire familiale est d'abord une histoire, la façon dont un individu va mobiliser son passé et lui donner sens, plus ou moins consciemment. La mémoire familiale c'est une présence qui nous habite et qui se rappelle à nous à partir d'histoires d'images, d'impressions et de sensations.

Lars Norén aborde cette question avec beaucoup de force. Ann, la fille cadette, puis, les autres membres de la famille reviennent sur leur passé et tentent de lui donner un sens. C'est un trop plein de vie qui s'exprime, qu'ils expriment avec leurs ressentiments, leur soif de vie. Ce n'est pas du côté de la réprimande et du reproche, c'est plus du côté du désir et du besoin de comprendre. Il faut aller dans le trop plein, pour ensuite révéler l’essentiel, la vérité, sa vérité, son point de vue…

Les sujets abordés, par les membres de la famille, concernent l'éducation, la relation parents-enfants, l'inceste, l'adoption, le mariage et la relation de couple, l'addiction à l'alcool ou aux tranquillisants, l'argent - autant de thèmes qui se cristallisent de façon paroxystique dans cette famille. Lars Norén offre en réalité une sorte de radiographie des difficultés de notre société occidentale contemporaine, et cherche à provoquer un écho en chacun d’entre nous.

Il m’est naturel – je le sens ainsi, de comprendre les ressorts, les correspondances secrètes et les interdépendances entre les quatre membres de cette famille. Je crois comprendre comment la dynamique des rôles se répartit. Les enfants représentent souvent différentes étapes du mariage des parents. Des moments heureux et malheureux. « Ils sont porteurs de ce genre de choses » nous dit Lars Norén.

Martine Charlet