Quand on lit les textes de Sylvain Levey, on est immédiatement frappé par les qualités de captation de celui-ci. Captation d’une solitude, captation d’une révolte, captation
d’un malaise ou d’un mal-être indéfini. Les personnages semblent subir une pression qu’ils ne perçoivent pas mais qui tend à les broyer. D’autres reproduisent des comportements
ou revendiquent des convictions dont ils ignorent la cause et l’origine. La force de ces regards posés sur des situations indépendantes entre elles, c’est qu’elle n’est pas
partisane d’une idéologie. Levey ne nous inflige pas une analyse pseudo-marxisante ni même le discours lénifiant des experts en psychologie collective qui abondent sur les
chaînes de télévision. Il nous donne à voir une société qui se cherche à travers les faits divers ; ceux-ci devenant les révélateurs supposés de nos comportements,
seuls indices pour comprendre notre situation.
Ses esquisses à lui révèlent les meurtrissures d’une société dérivante, en quête d’elle-même, se réinventant ses propres mythes. Elles mettent en évidence les tendances que nous
constatons partout en Europe et en Amérique du nord : repli sur soi, peur de l’autre.
Tous ces réflexes identitaires qui mènent à l’annihilation de l’autre ou au suicide. Et c’est là que Sylvain Levey parvient à débusquer l’universel enfoui, à restaurer dans
l’aventure individuelle ce qu’elle a de mythologique. Il erre entre ces âmes et ces affres à la manière d’un Gus van Sant, tentant la reconstitution du passage à l’acte en
déroulant les faits.
C’est en juxtaposant plusieurs de ces situations que je souhaite recomposer une chronique urbaine, vision kaléidoscopique d’une société occidentale à la recherche d’identité, de
valeur, dans la jungle moite des villes. Pour rire pour passer le temps, suivi de Juliette suite et fin précoce, seront les
textes que je retiens pour composer cette chronique de début de XXIème siècle.
Laurent Maindon