Un demi-siècle après Huis clos, Harold Pinter écrit Ashes to Ashes, fidèle à son éternelle obsession : deux personnages dans une chambre, une porte, et
voir ce qui se passe… Une atmosphère de menace, inexprimable mais très palpable, s’installe dès le début de la pièce entre un homme et une femme. On ne saura jamais s’ils sont
mariés, amants, inquisiteur et victime, psychiatre et patiente — ou tout ça à la fois. Les rapports de force, d’amour, de situation et de temps entre eux changent constamment et
font émerger des couches souterraines de l’histoire de l’humanité entière (l’oppression des ouvriers par le capitalisme, l’exil des peuples, les déportations causées par les
Nazis…) et de l’inconscient collectif (les rêves, l’érotisme du pouvoir…). Comme le dit Michael Billington, le biographe de Pinter :
« La pièce déroute par la vitesse des transitions entre réalité du quotidien et rêve prophétique ». Dans la même scénographie (plus dénudée encore) que Huis
clos, Ashes to Ashes, version européenne, tentera de faire entendre cette « irraisonnable » musique superposée de l’histoire personnelle d’un amour
tordu et l’histoire politique avec ses horreurs passées et présentes.
Production : La Comédie de Saint-Etienne
© Élodie Houël