Le huis-clos d’Anéantis – un homme, une femme dans une chambre d’hôtel – bouleversé par le surgissement d’un événement puissamment dramatique – la
guerre, incarnée par le Soldat – met en scène un condensé d’expériences paradoxales dont toute une vie d’occidental ne semblerait pouvoir venir à bout – vie et mort, sécurité et
guerre, maladie physique et mentale, passion amoureuse et sexualité brutale, romantisme et trivialité, faiblesse et volonté… Sarah Kane a écrit sa pièce en 93, depuis, nous
apprenons chaque jour que ce qu’elle avait pressenti travaille la société profondément, et la modifie.
« Je pense vraiment que les germes d’une guerre de grande ampleur se trouvent toujours dans la civilisation en temps de paix » disait-elle. Si Anéantis fit scandale à sa création en 1995, on perçoit aujourd’hui la tendresse secrète d’une oeuvre qui ouvre les yeux sur les hantises de l’imaginaire
contemporain.
« J'ai été stupéfaite de ces clameurs d'épouvante qui ont éclaté à propos de mes pièces, parce qu'enfin de compte il ne s'agit pas de brutalité ou de cruauté. Elles sont là, sans plus, quand on écrit et qu'en dépit de toute la violence qui existe, on veut continuer d'aimer et d'espérer. »
Sarah Kane
Coproduction Théâtre Gérard Philipe, TNS, La Part du vent - Cie Daniel Jeanneteau
Photo © Daniel Jeanneteau