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La pièce

« …Début 97, le directeur du Théâtre d’Innsbruck me proposa de travailler sur les 7 péchés capitaux. Cela me parut passionnant, car (…) il n’est pas trop difficile de sortir du contexte religieux. En fait, le péché n’est rien d’autre que le comportement non-solidaire à l’égard de ses concitoyens et de la société. Notons aussi que nos péchés se retournent contre nous-mêmes. L’orgueil, la colère, l’avarice, tout finalement se retourne contre soi-même. Le châtiment a lieu ici et maintenant. »
Felix Mitterer

Orgueil, Paresse, Colère, Envie, Gourmandise, cinq des sept « péchés mortels » (nous avons écarté la Luxure et l’Avarice).
Cinq des sept courtes pièces de Felix Mitterer. Elles mettent en scène quatre personnages récurrents : l’homme (Hans), deux femmes (Doris et l’animatrice-télé Ulrike) et l’enfant. Dans chacune d’elles, Felix Mitterer traite, outre de l’un des 7 péchés capitaux (avec un rapport parfois assez alambiqué), d’un de nos si nombreux « problèmes de société ».
Dans Orgueil, il s’agit du clonage humain.
Dans Paresse, de la solitude et de la misère sexuelle.
Dans Colère, du fanatisme (là où se rejoignent racisme anti-arabe et intégrisme islamiste).
Dans Envie, des angoisses du licenciement, du chômage, de la promotion (« chacun pour soi » et « struggle for Life » sont les deux moteurs de la réussite à tout prix).
Dans Gourmandise, de l’anorexie (comme désir de « n’être pas »).
Avec humour, Felix Mitterer décrit nos turpitudes, notre formidable aptitude au péché.
Tous les « héros » de ces péchés mortels, monstrueux à souhait, nous les connaissons, nous les reconnaissons en nous-mêmes ou si près de nous.
Ils espèrent une rédemption par un miracle. Miracle de l’arrivée d’extra-terrestres qui viendraient les emporter vers un monde meilleur. Miracle de la télévision à travers la revendication, l’exhibition, la confession publiques : un petit quart d’heure de gloire cathodique en guise de psychothérapie.
Il s’agit là d’une critique au vitriol, à la fois pathétique et hilarante des folies de notre temps (accélérées en ce début du siècle). Provocateur, polémique, burlesque, dingue, méchant, féroce même, mais toujours drôle, touchant et accessible, le théâtre de Felix Mitterer met en scène nos maux. Il est de ces auteurs qui mettent à nu, dénoncent, dévoilent sans se poser en moralisateur, sans didactisme aucun mais avec une bonne dose d’humour dévastateur.

Jean-Claude Fall