C'est après la guerre que la jeune Aloisia Konrad s'installe à Graz. D'origine paysanne, issue d'un milieu très catholique, elle a été brillante àl'école, mais en dépit des insistances de son institutrice, son père ne lui permet pas de poursuivre sa scolarité. Aloisia travaille alors comme garde-malade à l'hôpital et comme gouvernante au domicile d'un médecin. Son seul plaisir, à l'époque, consiste à aller de temps en temps à l'opéra. Puis, elle fait la connaissance d'un maçon nommé Schwab. Peu après leur mariage, naît leur fils Werner le 4 février 1958. Un an plus tard, les parents divorcent et le père disparaît définitivement de la vie de sa famille sans même payer de pension alimentaire.Aloisia Schwab vit dorénavant avec son enfant dans des conditions d'extrême précarité, habitant dans des caves humides. Alors qu'elle travaille comme femme de ménage, le petit garçon se trouve seul pendant de longues heures dans son lit à barreaux. Plus tard, à l'école, il est encore malheureux, se sent mal aimé et commence à boire. Mais, entre-temps, une soeur de sa mère est devenue gouvernante chez un professeur de latin à la retraite. Le vieil homme montre à Werner sa bibliothèque et, à l'occasion de promenades, lui parle de ses livres. Cette relation décisive pour le jeune garçon prend cependant fin avec la mort du professeur en 1973.
Les rapports du jeune Schwab avec sa mère bigote deviennent de plus en plus difficiles. Mais, à dix-huit ans, il trouve une perspective d'ouverture : dans cette ville de Graz où
une population très traditionaliste voire réactionnaire côtoie l'avant-garde autrichienne, il trouve sa vocation d'artiste. Après un bref passage à l'Ecole des arts décoratifs de Graz
et sa participation à une exposition de la galerie « Cool Tour » (où il étale de la moutarde, du ketch-up et d'autres matériaux alimentaires sur les murs), il entre à l'Ecole des
Beaux-Arts de Vienne dans la classe de Bruno Gironcoli. Il ne s'y occupe d'ailleurs pas beaucoup de sculptures, pourtant il s'agit sans doute d'une époque essentielle pour son
développement.
Mais peu à peu, Schwab ne supporte plus le milieu des artistes viennois, si bien qu'en janvier 81 il se retire avec sa femme, Ingeborg Orthofer, dans une petite ferme au fin fond de
la Styrie où ils pourvoient eux-même à leurs besoins.
Peu après cette installation naît leur fils Vinzenz. En dépit des durs travaux de la vie paysanne, Schwab y trouve le temps de faire des sculptures de matériaux périssables tels que
des intestins,des peaux, du sucre, de la suie et des os. Cette manière d'aborder les différents matériaux sans distinction hiérarchique se retrouvera ensuite dans son traitement de la
langue. C'est d'ailleurs au cours de ces années à la campagne que l'écriture prend de plus en plus d'importance pour lui. Lorsque Schwab quitte après dix ans la petite ferme pour
s'installer de nouveau en ville (d'abord à Graz, puis à Vienne), le succès ne se fait pas longtemps attendre. En février 1990, Les Présidentes sont créées
dans un petit théâtre viennois. A peine une année plus tard, la création d'Exédent de poids, Insignifiant : amorphe dans un théâtre à peine plus grand
mais réputé, fera scandale et, du coup, fera parler de l'auteur. La gloire commence en novembre 1991, lorsque le théâtre munichois « Kammerspiele » crée Extermination du peuple. A la fin de la même année Schwab est déclaré par la critique allemande « Jeune auteur dramatique de l'année ». D'autres prix prestigieux
suivront à partir de 1992. Dorénavant, les théâtres se disputent les pièces de Schwab : l'année 1993 a vu 45 premières de pièces de Schwab dont plusieurs à l'étranger (Finlande
et Pays-bas).
La critique allemande et autrichienne réagissent en partie violemment à ces pièces obscènes et violentes, en partie avec enthousiasme. Mais les journalistes sont surtout intrigués et
fascinés par l'auteur qui sait se construire une image de rocker, tout en choquant par des phrases volontairement provocantes ou simplement mal comprises. Aussi Schwab parle lui-même
du « projet Schwab »qui se résume en « management + légende + texte = victoire et amusement ».
Schwab continue à écrire sans cesse avec une authentique rage de travail. En véritable « shooting-star », il mène une vie effrénée sans prendre garde à sa santé affaiblie. A
peine quatre ans après son premier succès, dans la nuit du 31 décembre 1993, à Graz chez son amie, il s'endort sur un fauteuil pour ne plus se réveiller. L'examen médico-légal établit
que la mort a été causée par une consommation excessive d'alcool. Mais l'engouement pour cet auteur peu commun n'est pas terminé pour autant. Ses quinze pièces continuent à être
représentées aux quatre coins du monde où elles secouent leur public autant par le rire que par l'horreur.
Silvia Berutti - Ronelt
conseillère littéraire de
Philippe Adrien lors de la création
d'Extermination du peuple au
Vieux Colombier
Les Présidentes#@ (Die Präsidentinnen) - 1990
Exédent de poids, Insignifiant : amorphe (Übergewicht, unwichtig : unform. Ein europäisches Abendmahl) - 1991
L'Arche éditeur,Paris, 1997
Mise en scène de Philippe Adrien, 1999
Extermination du peuple (Volksvernichtung oder meine lieber ist sinnlos) - 1991
Ma gueule de chien (Mein Hundemund) - 1992
Fossés ouverts Fenêtres ouvertes (Offene Gruben Offene Fenster - Ein Fall von Ersprechen) - 1992
Mésalliance mais on s'encule merveilleusement (Mesalliance aber wir ficken uns prächtig) - 1992
Le ciel, mon amour, ma proie mourante (Der Himmel Mein Lieb Meine Sterbende Beute) - 1992
Mise en scène de François-Xavier Frantz#@, 2004
Pornogéographie (Pornogeographie) - 1993
Enfin mort Enfin plus de souffle (Endlich tot Endlich Keine Luft Mehr) - 1994
Faust : Mon thorax : Mon casque (@#Faust : Mein Brustkorb : Mein Helm) - 1994
Anticlimax
(Mariedl) - 1994
L'Arche éditeur,Paris, 2000
La Ravissante Ronde du ravissant Monsieur Schnitzler (Der Reizende Reigen nach dem Reigen des Reizenden Herrn Arthur
Schnitzler) - 1995
L'Arche éditeur,Paris, 2000
Escalade ordinaire (Eskalation ordinär) - 1995
L'Arche éditeur,Paris, 1998
Folie de Troïlus et Théâtre de Cressida (Troiluswahn und Cressidatheater) - 1995
Haut Schwab : le vivant est l'inanimé et la musique (Hochschwab : Das Lebendige ist das Leblose und die Musik) - 1996