Comme chacun d’entre nous (ou presque) je suis née entre mon père et ma mère mais aussi entre deux cultures.
Petite j’adorais en mathématique les cercles A et B mais plus encore le C que nous devions hachurer comme compris par A et par B.
Cet entre-deux je l’ai longtemps senti comme une déchirure une impossibilité d’appartenir je n’étais ni ça ni même ceci.
Le premier personnage de théâtre je l’ai rencontré à 14 ans c’était Lucky de En attendant Godot de Samuel Beckett, ni tout à fait homme ni tout à fait animal il
parlait de manière décousue il dansait il s’exhibait dans sa confusion mais l’acteur le portait devant lui et ne se confondait pas ; il y avait l’homme et le
personnage + l’espace entre eux dans lequel mon imaginaire pouvait trouver sa place ce fut pour moi un spectacle initiatique qui me bouleversa de joie.
Depuis par le théâtre mais aussi dans ma vie cet entre-deux qui me tourmentait est devenue une terre dans laquelle je me sens libre car non engoncée dans un costume trop
identitaire et donc forcément serré.
Des choses prises de chaque côté se frottent et résonnent ; parfois c’est douloureux, parfois c’est jouissif, toujours c’est créatif parce que ça apporte le
questionnement et ça donne envie de transformer.
L’entre-deux pour moi ce n’est pas une ligne une frontière mais au contraire un espace et j’y habite ce n’est pas toujours très confortable car il doit être doux d’appartenir
pleinement.
Nicole Yanni Metteur en scène et responsable artistique du Théâtre du Petit Matin (encore une histoire d’entre ni tout à fait la nuit ni tout à fait le jour) et de la cie Cela ne finira jamais.