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Jocelyne Sauvard

France

Ecrire, c'était le but depuis qu'elle a su tracer des lettres.
Et faire des histoires. A propos de tout et de rien. Le désir de voir le monde aussi, et le spectacle. La salle de cinéma du dimanche après-midi s'appelait Le petit obligado, avenue de la Grande armée. Le théâtre, c'était à la radio. La fac : Lettres modernes, American literature, Chinois, Cinéma, Conservatoire d'Ecriture Européenne Audiovisuelle Des reportages, quelques dizaines de milliers de kilomètres parcourus et des métiers : photo, publicité, journalisme, radio, enseignement, avant de plonger complètement dans l'écriture. Du théâtre d'abord, puis des romans, quelques scénarios. Bourse Littérature et Théâtre du CNL, bourse Radio de la Fondation Beaumarchais, enfin des ateliers d'écriture, une résidence d'auteur.
Elle anime une émission de 2 heures sur IDFM98: "Parlez-moi la vie". Elle y reçoit auteurs, metteurs en scène journalistes... Quoi d'autre ? Vit à Paris qui est en soi tout un pays assez vaste pour inspirer des fictions, avec une fenêtre ouverte sur l'Asie et... la Creuse.


Portrait

Pour la petite notice, vit à Paris - autant dire un pays, parcouru, imbriqué à l'écriture, surtout quand il est caché - ne suffira pas. Alors, allons y.

Dès que j'ai su lire, j'ai su que j'allais écrire. Et comme le premier poème traitait d'un papillon qui vole (faut dire qu'avant, il y avait eu Prévert, Ferré, Montand...) j'ai déclaré solennellement que je ne serai plus peintre, ni pilote, ni danseuse-étoile, ni confiseuse, mais écrivain. La scène se passait à Paris, évidemment, sur un balcon d'un mètre carré surplombant les paulownias de l'avenue Carnot, elle-même coincée entre deux méga librairies et le cinéma le Petit Obligado, et ce, dans la clameur des klaxons. J'avais six ans, et le théâtre j'en avais seulement entendu parler. Cependant, je le vivais chaque jour. Au cours des répétitions familiales dans la cuisine, pas seulement guidées par la scolarité mais bien par le plaisir, et toutes travaillées avec les Classiques mauves tachés d'encre. Les rôles qui m'étaient dévolus, hélas - on trouvait que j'ânonnais encore un peu et que le plus court serait le mieux- c'était toujours Bélise, ou Cléone quand elle dit : "Madame, le voici", ou encore la jeune Henriette; mais son indécision m'horripilait à la jeune Henriette, et je rongeais mon frein en guignant les Dorine, les Harpagon, les Phèdre, les Rodrigue, et le vieil Horace, réservés au génie maternel. Terrifiant, quand elle brandissait l'épluche-patate en laissant tomber: "Qu'il mourût!"

Ensuite, il y a eu les marronniers en fleurs de la cour du lycée.

Puis, les temps de jeunesse où l'on évoque encore souvent ses parfums, même si l'on a la tête ailleurs. Et je l'avais, puisque j'aimais dire alors que si j'avais à écrire ma notice nécrologique, après les deux points qui suivent le nom, j'aurais ajouté: " a lu Proust". Et que la formule aurait parfaitement résumé la situation.

Bien sûr, il n'y a pas eu que Proust. Mais le questionnaire porte sur la formation. Donc, l'American literature, notamment les cours habités et magiques de Viola Sachs à Paris VIII, tous hantés par la Baleine Blanche. Les voyages, tous les voyages, l'Asie. La photo (mais face à l'objectif), et forcément, une kyrielle de jobs, de l'enseignement (français, classe de seconde, et littérature) à la vente de collections rares, de la mode à la pub, de la rédaction d'outils pédagogiques à celles d'articles, ceci, en fait, "parallèle à l'écriture", n'en était que les prémices, l'emmagasinage nécessaire.

Enfin, entre le papillon et Lethal romance, l'eau a coulé sous les ponts, Seine, aux couleurs de Danube, entre Orient et Occident, fleuve débondé, jugulé, intarissable (celui de Panaît Istrati, à qui Romain Rolland intima "écrivez!" ce qui déclencha l'oeuvre de l'auteur roumain). Et côté planches, Miller, Becket, Bernhardt, et le sublime Tennessee ont charrié leurs réserves. Aussi, Duras et Cocteau. Et le premier texte accompli fut une pièce, Chambre noire.

Quoi d'autre? Tant d'images et de musiques s'incorporent à la combinaison qu' il faut faire un tri. En 1, on mettra les enfants. Il y a toujours les enfants. En 2 on mettra une solitude" qui n'est pas malheureuse" mais nécessaire, et en 3 on dira qu'un jour, voilà 11 ans, je me suis mise à écrire et qu'il a fallu attendre 5 ans les premières publications, qu'aujourd'hui, il y en a 15, pièces et romans, et que c'est toujours une aventure d'écrire. L'émotion vient toujours à corriger le paquet d'épreuves, et à écouter, ou assister, guider la naissance des mots en bouche, et enfin que le mieux me paraît toujours à venir, qu'il n'y a jamais de bouclage, mais toujours un chantier, puis un autre.