| L'Académie
Expérimentale des Théâtres |
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la "sortie" de l'Académie Expérimentale des Théâtres
Michelle Kokosowski et Georges Banu ont décidé de "
rendre les clés " de l'Académie Expérimentale
des Théâtres, après douze ans d'une aventure qui prend
fin, L'Académie,
traversées, en décembre à Paris, sera l'ultime
action emblématique de cette " transmission des savoirs "
essentielle à la mémoire des uvres comme à
leur devenir.
Une " académie expérimentale " : le seul intitulé
de l'association créée en 1990 par Michelle Kokosowski,
Georges Banu et Alain Crombecque, dit assez le caractère heureusement
atypique d'une intiative aux confins de la transmission des savoirs, d'un
questionnement des uvres,
nourri par un souci de rencontre et de partage avec " ceux qui, toutes
générations confondues, écrivent cette histoire particulière
" du théâtre, de la mise en oeuvre de chantiers et de
laboratoires de recherche. D'autre part, selon le principe de la "
combustion lente " (une expression reprise à Antoine Vitez),
l'Académie Expérimentale des Théâtres veille
à laisser des traces de chacune des actions, inédites et
jamais répétées : en douze années d'activité,
la liste est impressionnante de textes édités, d'enregistrements
sonores et de documents filmés qui constituent l'irremplaçable
mémoire des arts
de la scène, et le nécessaire contre-champ de leur nature
éphémère.
" Aujourd'hui, quand le théâtre transgresse les frontières,
l'Académie se réclame aussi d'une pédagogie sans
frontières ". Tête chercheuse revendiquant la mobilité
de " pratiques nomades ", l'Académie uvre à
la contamination des expériences d'avantage qu'à leur modélisation.
C'est en ce sens qu'a été lancé un remarquable processus
de réflexion sur les arts
de la scène à l'université. " Un vaste chantier
s'ouvre à nous aujourd'hui ", notait Bruno Tackels, chargé
de mission à l'Académie : " inventer des formes de
recherche et d'études, rencontres, résidences, qui rassemblent
à la fois les praticiens et les théoriciens v des temps
de travail dans les cursus comme en dehors (
), en repérant
les différentes manières d'envisager ces questions pédagogiques
et artistiques, et à partir de cette constellation d'expériences,
de dessiner de nouvelles possibilités de travail, d'élaborer
un maillage constructif entre les différents départements
des arts du spectacle et leurs partenaires culturels ". Celle initiative,
qui ne résulte d'aucune mission institutionnelle, même si
elle a été suivie avec bienveillance par la Direction de
l'Enseignement Supérieur du ministère de l'éducation
nationale, produit en tout cas une mise en perspective exemplaire, dont
pourraient s'inspirer bien des rapports ministériels qui finissent
par rester lettre morte. Ici, non seulement ce travail ne sera pas enfoui
au fond d'un tiroir, mais il donne lieu cet automne à une série
passionnante de rencontres publiques (voir ci-contre) dont on pressent
qu'elles peuvent préfigurer une nouvelle cartographie des pratiques
artistiques à l'Université. " L'occasion ", écrit
Christophe Triau, associé à l'action, " de propositions,
d'une utopie ou d'un manifeste v solidement ancrés dans le réel
mais résolument prospectifs ". On pourra en avoir une idée
lors du forum qui clôturera ce temps de recherche, le 10 décembre
au Théâtre du Rond-Point, à Paris.
Ce forum prend lui-même place dans une action d'envergure qui se
tiendra à Paris, du 1er au 10 décembre, en partenariat avec
le Théâtre du Rond-Point et France-Culture. L'Académie,
traversées se veut un point d'orgue pour " rendre
visible et donner en partage le fruit de douze années de pratiques
et de réflexion, de recherches et d'expérimentation ; en
dévoiler les coulisses, les tentatives, les errances et les avancées
; mettre à jour les processus d'acquisition et de transmission
des savoirs qui ont été élaborés et éprouvés
; faire de la mémoire de l'Académie Expérimentale
des Théâtres la source d'expériences nouvelles ".
Rencontres, conversations, lectures, projections, expositions, démonstrations,
récitals et gestes artistiques égrèneront cet intense
temps de partage, dont l'ouverture sera donnée, les 1er et 2 décembre
au Théâtre du Rond-Point et au Forum des Images, avec un
véritable festival de documents en images, dont certains films
en avant première et la découverte des " trésors
filmés " de l'Académie.
Même ceux que le caractère atypique de l'Académie
Expérimentale des Théâtres irrite (il y en a) pourront
se réjouir : avec L'Académie,
traversées, l'association signe là, en fait, un
geste de
" sortie ". Sa fondatrice, Michelle Kokosowski, et son directeur,
Georges Banu, ont en effet décidé de " rendre les clés
". Autant le dire tout net : la disparition de l'Académie
Expérimentale des Théâtres nous laisse, à Mouvement,
un certain sentiment de tristesse. Non pas que toute action, dans le domaine
artistique et culturel, ait obligatoirement vocation à s'éterniser
et à se figer dans le marbre. Certaines institutions, lorsqu'elles
ne parviennent plus à se renouveler, pourraient ainsi avoir le
courage de se saborder ! Dans le cas de l'Académie Expérimentale
des Théâtres, il ne nous appartient pas d'estimer, en lieu
et place de Michelle Kokosowski et de Georges Banu, les raisons pour lesquelles
cette " disparition " s'imposerait. Locaux trop exigus, diminution
des subventions depuis quatre ans : Michelle Kokosowski confie que "
le désengagement de nos tutelles, financier autant que symbolique,
témoigne peut-être de la difficulté à inscrire
cette association atypique qu'est l'Académie Expérimentale
des Théâtres dans le paysage des institutions que l'état
honore de son attention. Il témoigne sans doute aussi de l'impossibilité
de consolider des pratiques de transmission que nous avons initiées
et dont nous avons pourtant, en douze ans, prouvé l'efficacité
sur les plans artistique, pédagogique, logique et administratif
". Au-delà du cas particulier de l'Académie Expérimentale
des Théâtres, se pose ainsi de façon aiguë la
question récurrente du degré d'attention que le ministère
de la Culture porte aux initiatives singulières dont il n'a pas
la maîtrise institutionnelle. Pour sa part, Mouvement tient à
témoigner, avec un remerciement qui n'est pas feint, (et ce, depuis
le lancement de la revue, en juin 1998, avec la publication du "
Monologue du 30 mars " de Robert Wilson), de la délicate complicité
qui nous a maintes fois réunis avec l'Académie Expérimentale
des Théâtres.
Pour autant, la mémoire de l'Académie ne sombre pas corps
et biens. Outre les publications déjà existantes, un livre
subjectif confié à treize auteurs, doublé d'un CD-Rom,
radiographie de sa mémoire, accompagnera ce geste de " sortie
". D'autre part, le site internet theatre-contemporain.net héberge
d'ores et déjà une partie des archives de l'Académie,
qui a par ailleurs décidé de confier l'ensemble de ses fonds
documentaires à l'IMEC (Institut Mémoires de l'édition
Contemporaine) en lien avec le Centre National de Documentation Pédagogique
du ministère de l'éducation nationale. Jusqu'au bout, dans
l'alliance audacieuse de la " recherche " et de " l'héritage
", l'Académie Expérimentale des Théâtres
veille ainsi au devenir de la mémoire.
Jean-Marc Adolphe / Mouvement n°14 (octobre / décembre
2001)
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