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Dans la vallée fertile

Chassamor

Mise en scène Philippe Lanton

 

Extraits

Extrait séquence 3

Christian C. :
J’étais un arpent de terre laissé en friche.
Un père aurait fait le ménage dans ma tête.
Oui… Les graines
Un père ensemence.
Un père irrigue.
Un père régule le flot impétueux des sentiments les plus troublants. C’est une digue et un pont.
Parle-moi du mien…


Extrait séquence 7

Marie :
J’ai toujours répondu présent.
La haine que tu me portes est si puissante qu’elle me force à m’exprimer et me donne les moyens de le faire. Je ne suis pas dupe de ma franchise. _ Je suis une femme simple. Tu me permets d’explorer mon âme pour en tirer profit.
Pour justifier ce que tu vas commettre et que j’attends sans impatience.
Oui, j’ai été une éponge qui sature, imbibée de foutre impur.
Oui, je n’ai plus le droit d’aller d’un point à un autre sans me heurter aux fantômes des hommes qui m’ont aimé.
Oui, j’aurais pu être mère si j’avais cessé d’être putain. (…)


Extrait séquence 9

Christian C. :
En grattant la haine on finit toujours par trouver un peu d’amour.

Ca fait du bien de se regarder les yeux au fond des yeux ; dans les tiens je vois crépiter des petites étincelles, je vois un minuscule enfer où des lutins énergiques attisent les braises de tes remords, je vois le cadavre de ton existence se consumer, une maigre fumée rose s’en échappe, je vois des mains tendues vers des projets d’oubli et ton sourire fleurir dans l’alcôve du néant, un bien joli sourire d’une douceur silencieuse, d’une compassion limpide, cristalline, pure.

Je vois enfin cette grande vallée où nous aurions pu vivre, où nous aurions pu construire, et une rivière unique ruisseler d’aisance dans le doux crépuscule d’une journée inoubliable et pourtant si ordinaire, j’entends l’eau claire s ‘écouler dans un murmure si tendre que les herbes sur les rives se plient pour l’entendre, je vois des chevaux d’indiens montés à cru et fendre la bise, au loin les collines rougeoient, c’est le moment où tu sors pour contempler le ciel, pour contempler ton domaine, pour laisser grandir en toi un sentiment de paix et d’accomplissement, c’est l’heure où tout s’éclaircit, c’est l’instant où on voit plus loin, où la terre exhale de subtils parfums qui t’enivrent langoureusement, voluptueusement, c’est l’heure où tout ce qui vit possède une âme, nous sommes ardemment complices,

nous sommes délicieusement habités,

nous sommes vivants.

N’est-ce pas délicieux de se sentir vivants ?