La spécificité de l’écriture pour le théâtre est d’avoir pour finalité la représentation. Entre l’auteur et le spectateur le lien n’est pas direct, il passe par l’intermédiaire d’autres pratiques que sont le jeu et le travail du plateau.
Les auteurs dramatiques n’ont de cesse de dire combien il est pour eux indispensable d’entendre leurs textes, de les confronter à la scène et surtout d’établir des liens avec les autres acteurs de la création théâtrale, à commencer par les comédiens et les metteurs en scène.
En 1996, des comédiens se sont réunis autour de leur désir de découvrir les écritures dramatiques contemporaines et de tisser des liens avec des auteurs que dans la pratique ils n’avaient que très rarement l’occasion de rencontrer. Lassés d’entendre « qu’il n’y a plus d’auteurs dramatiques en France », ils se sont mobilisés pour lire et faire lire, se mettre à la disposition des auteurs et tenter de faire avec eux un bout de chemin.
La création du collectif A Mots Découverts a répondu à ce besoin ressenti par tous de nouer un nécessaire dialogue autour de l’écriture et de remettre celle-ci au cœur du questionnement artistique.
A Mots Découverts, laboratoire vivant au service de l’écriture dramatique, a de ce fait investi un terrain de travail quasiment vierge en France, en amont du processus de création, tel qu’il fonctionne habituellement. La confrontation des pratiques et des points de vue s’y est développée d’autant plus librement qu’elle s’y est trouvée dégagée des enjeux et des contraintes d’une production. Les échanges s’y sont multipliés au service de sensibilités différentes, permettant aux choix de s’affirmer, aux certitudes d’être bousculées, aux désirs de s’aiguiser dans l’apprentissage d’un vocabulaire toujours plus riche, avec un seul but : fournir à l’auteur le maximum d’outils pour avancer dans son travail.
L’association regroupe aujourd’hui une trentaine de membres (comédiens, metteurs en scène, auteurs). Depuis sa naissance, elle a accompagné une centaine d’auteurs en quête d’un espace d’expérimentation et de débats. Parallèlement, elle n’a cessé de provoquer des rencontres qui pour certaines, ont débouché, sur de vrais compagnonnages, jetant des ponts entre auteurs et comédiens, compagnies, lieux de création, voire éditeurs. Citons les exemples de Mohamed Kacimi et Michel Cochet - La Confession d’Abraham –, de Karin Serres et Anne-Laure Liégeois – Marguerite, reine des prés – ou de Dominique Wittorsky et du Théâtre des Deux Rives à Rouen – création de Ohne S. en mai 2004 - . Citons également Eric Durnez qui, dans le cadre d’un travail mené par l’association, a abouti sa pièce Bamako créée en mars dernier au Nouveau Théâtre d’Angers dans une mise en scène de Claude Yersin.
A Mots Découverts se veut ce lieu de découverte et de brassage, alimenté par l’engagement des artistes eux-mêmes. C’est une entreprise fragile, en réflexion et en bouillonnement constants. Son existence, il faut le souhaiter, se justifiera aussi longtemps que le théâtre conservera la vitalité nécessaire pour parler du monde dans lequel nous vivons.
François CHESNAIS, Président d’A Mots Découverts

